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Notre pain quotidien avec Yves Rouquette

jeudi 8 octobre 2015, par Serge Bonnery

De 1998 jusqu’à la veille de sa mort, le 5 janvier 2015, avec l’enthousiasme inébranlable de ces chênes que l’on n’abat pas, Yves Rouquette a prêté sa plume au jeu de la chronique. Chaque dimanche dans les colonnes de La Dépêche du Midi, nous avions rendez-vous avec sa voix, ses humeurs, ses colères, ses rires et ses échappées belles. Ce jeu avait ses règles : l’auteur devait le plus souvent se plier au thème qui lui était donné par la rédaction du journal en milieu de semaine. Sous le signe d’une belle complicité, Rouquette acceptait. Mais, malin, il pliait comme le roseau. Sans rompre. C’est-à-dire qu’il préservait sa liberté de ton, quitte à tordre l’affaire à la manière, souple et forte, des forgerons.

La voix d’Yves Rouquette s’est tue et nous n’avons pas pris la précaution de découper ses chroniques puis de les coller dans des cahiers d’écoliers. Riche idée, donc, que celle de son fils Laurent [1] de publier aujourd’hui une sélection de ces textes.

Il n’était pas question, explique-t-il, d’en donner la totalité. A juste titre. Quelques milliers de pages n’y auraient pas suffi. Seules les deux dernières années sont ici rassemblées, que de nouveaux lecteurs découvriront avec la délectation enviée d’une première lecture.
Le recueil recèle des pépites dont certaines n’ont pas fini de résonner à nos tympans. Parce que si l’actualité bouge, il est des lames de fond qui persistent et de sales idées qui insistent contre lesquelles nous ne serons jamais trop nombreux à nous indigner. De ce point de vue, et pour d’autres raisons qui tiennent au fait que l’écriture, lorsqu’on la soigne, a la vertu de creuser des trous dans le temps, Yves Rouquette restera toujours notre contemporain.

On croise dans ses chroniques des amours communes comme Guy Béart, Léo Ferré, Charles Trénet ou Juliette Gréco. Les deux Claude - Nougaro et Marti - sont de la fête. Apollinaire, Brassens, Bernadette Soubirous, Fernandel, Villon, John et Bob Kennedy, Brel, Aznavour, le Bon Dieu - oui, le Bon Dieu - participent pêle-mêle à l’agape.
Comme toujours, Rouquette raconte des histoires d’hommes ancrées dans ce Midi tant aimé et dont il a toujours su préserver la dimension universelle. Exactement comme il l’avait fait dans les années soixante-dix quand il s’était battu pour que la langue et la culture d’Oc parlent à tout le monde.

L’écriture, témoigne son fils dans une préface émouvante, était le pain quotidien d’Yves Rouquette. Le poète a la vocation du papillon qui n’a d’ailes que pour les belles fleurs. Devant sa feuille blanche, il prend le monde comme un perpétuel sujet d’étonnement.
Ainsi Yves Rouquette nous a légué - précieux héritage - le goût des jours et le plaisir du texte. « Pour le bonheur de l’entendeur et la richesse de la fable »...

Le goût des jours (chroniques de La Dépêche du Midi), d’Yves Rouquette. Editions Mare Nostrum. 132 pages. 14 euros.


[1Laurent Rouquette est journaliste à L’Indépendant. Il est aussi l’auteur d’un récit de souvenirs d’enfance, Les étés longs, paru aux éditions Pimientos.

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