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Un livre créateur

dimanche 20 septembre 2015, par Serge Bonnery

[Lecture de : Bibliothérapie, lire c’est guérir de Marc-Alain Ouaknin (Points Sagesse)].

« zé sépher toldot adam » : ceci est le livre des générations d’Adam [1].

Le mot livre - sépher en hébreu - apparaît pour la première fois au chapitre 5, verset 1 de la Genèse, un chapitre entièrement consacré à la généalogie du premier homme. La suite dit : « Lorsque D.ieu créa l’être humain, il le fit à sa propre ressemblance. Il les créa mâle et femelle, les bénit et les appela l’homme, le jour de leur création. Adam, ayant vécu cent trente ans, produisit un être à son image et selon sa forme, et lui donna pour nom Seth. Après avoir engendré Seth, Adam vécut huit cents ans, engendrant des fils et des filles » [2].

La première occurrence du mot livre apparaît après le chapitre 4 de la Genèse consacré au tragique destin d’Abel, frère de Caïn. Marc-Alain Ouaknin attire notre attention sur cette destinée étrange car il s’agit, selon lui, d’une non-vie.

Contrairement à celle de Caïn qui, d’ailleurs, porte en elle une ambigüité - Caïn est-il fils de l’homme ou fils de D.ieu ? - la naissance d’Abel n’est pas détaillée dans le récit qui nous est donné de sa non-vie. « Or l’homme s’était uni à Eve, sa femme. Elle conçut et enfanta Caïn en disant : J’ai fait naître un homme, conjointement avec l’Eternel. Elle enfanta ensuite son frère, Abel » [3].

Caïn, fils de l’Eternel, ce n’est pas rien. Abel, lui, n’est que le frère de Caïn. Dès son apparition dans le texte - sa naissance - il dépend de son assassin. Son destin est lié à celui qui lui donnera la mort et tout se passe comme si Abel - privé d’une vie propre - ne pouvait lui échapper.

Cette dépendance d’Abel n’est-elle pas une représentation de la condition humaine qui veut que nous soyons indéfectiblement attachés à notre mort ? [4]

L’homme, nous le savons, ne vainc pas la mort. « Tout le temps qu’Adam vécut fut donc de neuf cent trente ans ; et il mourût » [5].

Seul le livre a ce pouvoir. C’est ce que nous dit le texte. Le livre - sépher - mentionné au verset 1 du chapitre 5 de la Genèse - soit juste après le récit de la non-vie et de la mort d’Abel - est consacré aux générations d’Adam : « zé sépher toldot adam ». Autrement dit, à la vie. A la mort d’Abel succède la vie à travers le récit qui nous est donné des générations engendrées par le premier homme.

L’homme ne vainc pas la mort. Mais il s’acharne malgré tout à faire triompher la vie. Il enfante pour compenser les effets dévastateurs de la mort sur sa propre existence. Il met au monde pour assurer la survie de son espèce face à l’implacable et sombre labeur de la mort.

« La vida es un pasaje / (...) / la muerte es un viaje / al mundo de la verdad » [6].

L’homme ne vainc pas la mort mais ce que la mort lui enlève, l’homme le remplace. Ce que la mort casse, l’homme le répare.

Dans le récit biblique, c’est le livre qui entame, par le recensement des générations, cet intense travail de réparation. Un livre pour réparer les dégâts causés par la mort. Un livre de vie contre la mort.

Marc-Alain Ouaknin rappelle alors ce que nous enseigne le Livre de la formation (sépher yetsira) : « Le monde a été créé par le livre... » Un livre créateur.

Et si D.ieu était un livre ?


[1Traduction rabbinique. sefarim.fr.

[2Genèse 5, 2-4. op. cit.

[3Genèse 4, 1-2, op. cit.

[4Lire, sur ce thème, le livre de Catherine Chalier : L’Histoire promise (éditions du Cerf).

[5Genèse 5, 5, op. cit.

[6« La vie est un passage / La mort est un voyage / Vers le monde de la vérité », chant séfarade.

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