Les cahiers de Serge Bonnery

Accueil > Journalier/s > Archives > Plus que le livre

Plus que le livre

vendredi 18 septembre 2015, par Serge Bonnery

[Lecture de : Bibliothérapie, lire c’est guérir de Marc-Alain Ouaknin (Points Sagesse)].

« On peut dire qu’un livre est un livre s’il est le lieu, en puissance, d’une différence herméneutique, c’est-à-dire, selon une belle formule de Lévinas, que le pouvoir dire du texte dépasse son vouloir dire », écrit Marc-Alain Ouaknin.

Ce dont il s’agit, ici, est de mesurer la puissance du livre.

Le vouloir dire est l’intention du livre, le propos que son auteur a souhaité donner à lire, le sujet qu’il a voulu traiter. Le livre veut dire quelque chose.

Le pouvoir dire est ce que le livre contient en puissance, qui n’est pas dit ni écrit par l’auteur mais qu’une lecture critique - une exégèse - doit éveiller et mettre au jour.

Autrement dit, « le livre ne se définit pas par son thème », note Marc-Alain Ouaknin, « mais par sa structure ».

« Structure du livre des livres en tant qu’admettant l’exégèse », écrit à son tour Lévinas dans L’au-delà du verset (éditions de Minuit), « ayant le privilège de contenir plus qu’il ne contient ».

Que veut dire Lévinas ? Qu’il y a livre lorsque son pouvoir dire dépasse son vouloir dire. Il envisage ici la possibilité d’un livre qui soit plus que le livre lui-même. Un livre plus grand, augmenté du sens libéré par sa lecture et son interprétation. Un livre plus qu’un livre.

Marc-Alain Ouaknin : « L’herméneutique est une puissance au cœur du livre ». Pour autant, elle ne peut se manifester d’elle-même. L’herméneutique n’est pas quelque chose qui existe en soi. Tapie dans l’ombre du livre, entre les mots du livre, derrière les mots du livre, elle doit être activée. C’est le rôle du lecteur que de « délivrer, par la lecture et l’interprétation, les sens » contenus en puissance dans le livre.

L’herméneutique est une praxis.

« Ainsi, poursuit Marc-Alain Ouaknin, le lecteur n’est pas étranger au livre ». Il ne saurait se tenir à l’extérieur du livre, comme un spectateur regardant une à une les pages se tourner sans intervention de sa part autre que le geste mécanique de tourner les pages.

« L’être au livre » du lecteur « fait partie de l’être du livre ». C’est tout l’enjeu de la lecture. Entrer dans le livre. Habiter le livre.

Encore faut-il que l’auteur ait laissé une porte ouverte pour que le lecteur pénètre à l’intérieur de son livre comme on entre dans une maison (d’étude). Un livre qui ne fait pas place à son lecteur n’est pas un livre.

Un livre, donc, en tant que lieu de parole et, comme tel, lieu de dialogue au sein duquel s’instaure, entre le lecteur et lui, « une dialectique de la question/réponse ».

Plaidoyer pour un livre ouvert (à l’exégèse) contre un livre fermé (dogmatique).

Ouvert en tant qu’il rend possible, par sa structure, une extension infinie de sens (lequel est contenu en puissance dans le livre et ne demande qu’à être « libéré »).

L’herméneutique est une libération de sens.

< >

Forum

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.