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La patience du sens

jeudi 17 septembre 2015, par Serge Bonnery

[Lecture de : Bibliothérapie, lire c’est guérir de Marc-Alain Ouaknin (Points Sagesse)].

La Torah se compose de 79 976 mots.

En son milieu, soit entre les 39 988ème et le 39 989ème mots, est un vide entouré du même mot répété deux fois : daroch / darach qui signifie chercher, interpréter.

Ce milieu se situe au chapitre 10, verset 16 de Vayiqra (Lévitique) qui dit : « Au sujet du bouc expiatoire, Moïse fit des recherches (daroch) et il se trouva (darach) qu’on l’avait brûlé » [1]. « Véet séir hahatat daroch darach Moché ».

Chercher/interpréter est au cœur même du Livre dont darach et daroch constituent les deux piliers centraux sur lesquels repose tout l’édifice.

Ainsi est proclamée la dimension herméneutique du Livre.

La Torah n’est pas un Livre dogmatique parce qu’il est un Livre qui doit être sans cesse interrogé, interprété, discuté, à l’intérieur duquel chacun doit chercher : c’est la seule manière de conserver vivante la Parole qu’il contient, une Parole en mouvement qui met la pensée en mouvement.

La pensée en mouvement est tout le contraire du dogmatisme.

C’est ce que Marc-Alain Ouaknin appelle « la logique du sens » contre « la logique de vérité ». Le Livre ne contient pas La Vérité mais s’ouvre comme un chemin dans la recherche de cette Vérité. Car La Vérité n’est pas de nous.

« L’interprétation, écrit Marc-Alain Ouaknin, met en jeu le mouvement même de penser qui consiste (...) en l’ébranlement des institutions préfabriquées du sens ». C’est le remède absolu contre le dogme et les fanatismes qu’il engendre.

Le Talmud nous enseigne à « assumer la patience du sens et refuser l’idolâtrie du maintenant ».

Ecouter les mots. A la fois dans et hors du contexte dans lequel ils sont déployés. Les interroger pour ce qu’ils disent - pour ce qu’ils sont -, avancer en eux jusqu’au pied de la lettre afin de mettre en résonance les sens différents qu’ils véhiculent et qui, n’apparaissant pas a priori en première lecture, sont cependant susceptibles d’éclairer celle-ci sous un jour nouveau.

Le Livre / le monde au pied de la lettre dans la perspective du dépassement de la lettre même. En somme : une lecture en tant que relation transcendantale et qui, pour cela, exige le dépassement de soi, le Livre s’offrant comme lieu de l’altérité.

Un Livre monde.


[1Traduction du Rabbinat, sefarim.fr

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