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Il joue comme personne

mardi 25 août 2015, par Serge Bonnery

[Le violoncelliste Gaspar Claus décloisonne, dépoussière et bouscule les frontières de la musique. Portrait de l’artiste en mode estival dans son antre, à Banyuls-sur-mer.]

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Gaspar Claus, artiste à risques - Photo David Moon

« Je me suis fait avoir... » Quand on lui demande de revenir sur les étapes de sa déjà longue carrière - il a bouclé 170 projets en cinq ans et vient de fêter ses trente-deux ans - Gaspar Claus lève les yeux au ciel. Le violoncelliste hors norme de Banyuls-sur-Mer a fait ses classes au conservatoire de Perpignan avant de « monter » à Paris où il a étudié la... philosophie. « J’ai arrêté au niveau du master, quand ça commençait à devenir sérieux », tranche-t-il.

Et l’instrument ? Délaissé, quand la perspective trop carrée d’une carrière s’ouvrait devant lui, en révolte, à l’époque, contre l’institution. « Je changeais de trottoir en passant devant un conservatoire ». Il s’est ensuite glissé dans la peau d’un acteur. Pour en sortir aussi vite. « Je me suis barré dès que ça a commencé à marcher »...

Les années d’apprentissage de Gaspar Claus furent une suite ininterrompue de ruptures. Le jeune homme aime la fugue. Le contre-pied. Les sentiers qui serpentent dans les pierriers plutôt que les autoroutes balisées. Ce n’est pas pour rien qu’il est né dans les garrigues, au pays du vent. « J’ai toujours eu peur de m’enfermer ». Claus... trophobe, Gaspar, qui, dans le monde de la musique, évite les cercles. « Il est difficile d’y entrer et plus difficile encore d’en sortir ».

Donc, Gaspar s’est fait avoir. Après une pause de cinq ans, il a repris le violoncelle. « C’est plutôt lui qui m’a rattrapé », sourit-il. « Et je suis devenu musicien ». Un musicien qui vous file entre les doigts dès que vous tentez de lui coller une étiquette. Comme le sable des plages sur lesquelles il jouait, enfant.

Pour ne pas se piéger lui-même, Gaspar Claus prend tous les risques. Il choisit l’improvisation. Le saut dans le vide. « Il m’est arrivé de monter sur scène sans savoir ce qui allait se passer ». La voltige sans filet. « Souvent, je ne rencontre les autres musiciens que quelques minutes seulement avant le set ».

Et pour corser l’affaire, le violoncelliste rompt avec l’usage classique de son instrument. L’archet de Gaspar Claus ne se cantonne plus aux quelques centimètres de cordes circonscrits autour du chevalet. Trop étroit, comme espace. Ce n’est pas pour rien que l’artiste a choisi de vivre, l’été, au sommet d’une colline dominant la mer d’où il contemple un horizon sans fin. D’un geste ample, c’est tout l’instrument qu’il caresse, frappe, rudoie et console, en quête des cris et chuchotements qui sont devenus sa marque de fabrique. Le violoncelle de Gaspar Claus « vrille ». Joue avec le silence. « Je cherche le son qui dérape ».

Très tôt aussi, le musicien a placé la rencontre au centre de sa vie et de son travail. Avec Serge Tayssot-Gay, guitariste de Noir Désir et la diva japonaise Kakushin Nishihara, il forme le trio Kintsugi qui vient de se produire en création au Corum de Montpellier. C’était en juillet dernier, dans le cadre du festival de Radio France. Vacarme, l’autre trio fondé avec les violonistes Carla Pallone et Christelle Lassort, jouera le 26 septembre au Triton à Paris avant de partager l’Olympia avec Rone le 30 octobre.

De la guitare flamenco de son père Pedro Soler, au chant pop de Barbara Carlotti, des percées grecques d’Angélique Ionatos à la poésie acide du japonais Kazuki Tomokawa en passant par l’électro choc de Rone, Gaspar Claus rayonne. Ses amitiés ne se limitent pas au seul domaine de la musique. Les collaborations avec comédiens, danseurs, cinéastes, plasticiens et vidéastes nourrissent son inspiration.

Pas question, pour autant, de se dissoudre dans un tout. « Je n’aime pas la fusion. Je préfère provoquer des collisions entre les différents modes musicaux pour en produire de nouveaux ». Tel est le secret de l’homme. Que chacun pénètre l’univers de l’autre sans rien perdre du sien. L’intégration, pas l’assimilation.

Aujourd’hui, avec un nombre vertigineux de projets sur son agenda électronique, l’artiste a atteint une forme de plénitude. Il n’a plus besoin de changer de trottoir devant un conservatoire. « Pour déconstruire, il faut avoir appris à construire », reconnaît-il. Le temps de la révolte est terminé. « Je ne veux pas effrayer les vieilles dames mais les emmener, délicatement, là où elles ne seraient jamais allées ».

Ainsi naît une musique qui transcende les genres. Une musique contre les murs. Ce n’est pas un hasard si Gaspar Claus est né à un jet de pierre d’une frontière que franchirent, dans un sens comme dans l’autre, tant de combattants de la liberté.

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Le musicien vu par le photographe Roy Mitamura

Gaspar Claus en quelques liens et repères

Pour trouver Gaspar Claus dans les box des disquaires ou sur la toile, il faut chercher. Voici quelques pistes.

Discographie - Barlande, en duo avec son père Pedro Soler à la guitare (1 CD label Infiné). Jo Ha Kyu, confrontation avec des musiciens japonais (label Modest Launch au Japon, Important Record aux Etats-Unis).

Gaspar Claus apparaît en invité sur de nombreux CD ou LP. Avec Rone : Icare sur le CD Tohu Bohu (label Infiné). Freaks sur le CD Creatures (label Infiné).

Vidéos. On peut également trouver des productions de Gaspar Claus sur Youtube. Quelques exemples : Quitter la ville, avec Rone et le chanteur Frànçois Marry, film de Colin Solal Cardo. Petenera, en duo avec Pedro Soler à la Gaîté Lyrique. En duo avec la chanteuse japonaise Kakushin Nishihara pour le disque Jo Ha Kyu.

Blogs et sites. On trouve aussi des références Gaspar Claus sur le site blogotheque.net. Notamment : des vidéos du projet One Night Stand à Brooklin. Une improvisation dans le désert et quelques autres belles surprises.

Gaspar Claus est aussi sur la plateforme soundcloud.com.

Et bientôt, le violoncelliste disposera de son site personnel en cours de réalisation.

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