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Auguste Blanqui, "l’éternel insurgé"

mercredi 5 août 2015, par Serge Bonnery

[A l’occasion de leur vingtième anniversaire, les éditions de l’Amourier viennent de republier un texte rare qui avait disparu des tables de librairie depuis longtemps. Il s’agit de Blanqui l’Enfermé, la biographie d’Auguste Blanqui écrite par Gustave Geffroy et parue pour la première fois en 1897 puis une seconde fois en 1926. L’éditeur Jean Princivalle explique les raisons de cette nouvelle édition enrichie d’un à-propos de Bernard Noël et de dessins d’Ernest Pignon-Ernest.]

Que pouvez-vous dire de la trajectoire d’Auguste Blanqui. Qui était-il, d’où venait-il et que voulait-il ? Fils d’un professeur de philosophie et d’astronomie qui devint député Girondin puis sous-Préfet des Alpes-Maritimes une fois rallié à l’Empire, Louis-Auguste Blanqui, né à Puget-Théniers en 1805, va traverser le XIXème siècle en se forgeant très vite une voix lucide, incisive et radicale, pour porter, tant par la plume que par le discours, ses convictions républicaines. Il y réussit si bien qu’il va passer la moitié de sa vie en prison. Je pense qu’il voulait tout d’abord dire au peuple « qui ne voit dans la main qui l’exploite que la main qui le nourrit » quelles étaient les causes de sa condition. L’éducation populaire était pour lui le plus sûr moyen d’aboutir à une transformation sociale en profondeur. Pour y parvenir il fallait prendre le pouvoir aux obscurantistes ; il a été de toutes les tentatives et cela aurait pu tourner différemment si le gouvernement provisoire l’avait suivi en 1848. Il fut en outre l’inspirateur de la Commune à laquelle il n’a pu participer directement, Thiers l’ayant fait arrêter à titre préventif et enfermer au Fort Taureau. Les Communards lui proposèrent d’échanger Blanqui contre 72 otages parmi lesquels l’Archevêque de Paris ; il refusa. Marx, qui estime Blanqui, dira qu’il est le chef qui a manqué à la Commune de Paris.

Qui était Gustave Geffroy et quel était son dessein en publiant, en 1897, une biographie de Blanqui ? Gustave Geffroy était journaliste, essayiste, romancier et aussi critique d’art. Il est alors l’un des dix membres fondateurs de l’Académie Goncourt et participe à la création de la Ligue des Droits de l’Homme. Geffroy a donc le métier d’écrire ainsi qu’encore sous la main des témoins directs et un matériel conséquent pour bâtir « L’Enfermé » qui sera son grand œuvre.

Comment avez-vous procédé pour établir cette nouvelle édition ? Notre édition, qui s’appuie sur celle réalisée par l’auteur en 1926, l’année de sa disparition, compte 600 pages. C’est une somme et il ne pouvait faire moins pour donner la juste mesure de ce que fut le combat des idées, le courage politique, la résistance et l’abnégation de cet homme que toutes les formes de pouvoirs successifs de son temps ont voulu briser par l’incarcération et la diffamation, essayant d’en faire un être glacial et sanguinaire. Le projet de Geffroy est de « donner chair » à cet esprit inflexible, de restituer l’humanité qui sous-tend toute la trajectoire d’Auguste Blanqui. Il y parvient en déployant une écriture magnifique qui donne vie et relief à ce siècle qu’il parcourt avec notre « éternel insurgé » pour guide.

Vous republiez Blanqui l’Enfermé‚ à l’occasion des vingt ans des éditions de l’Amourier dont le catalogue est plus tourné vers la littérature et la poésie que vers le politique. Pourquoi ce choix ? L’Enfermé n’est pas un roman cependant, même s’il s’agit d’une biographie des plus renseignée qui soit, c’est une œuvre littéraire ; comme tout ce qui, par la littérature, tente de dire la place de l’homme dans l’univers est politique. Lorsque Blanqui, à la fin de sa vie, écrit L’Éternité par les astres, on est en littérature. Plutôt que la question du genre, ce qui nous a décidés à publier ce livre est qu’il nous parle d’engagement, que la voix de Blanqui à cet égard est plus que légitime et que c’est une voix pour aujourd’hui. François Bon, Bernard Noël et Ernest Pignon-Ernest qui nous ont accompagnés dans cette aventure ne disent pas autre chose par leurs contributions.

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