Les cahiers de Serge Bonnery

Accueil > Littérature/s > Pierre Bergounioux > "Je sais ce qui m’est prêté..."

"Je sais ce qui m’est prêté..."

samedi 1er août 2015, par Serge Bonnery

En 2007, à Lagrasse, Pierre Bergounioux avait partagé avec Pascal Guignard la journée de clôture du Banquet.

Pascal Quignard vous a invité à Lagrasse pour clôturer avec lui cette édition 2007 du Banquet du livre. Peut-on parler de compagnonnage entre vous ? Pascal Quignard est celui qui, le premier, m’a reçu chez Gallimard en 1983. Je suis toujours, face à lui, pétri de solennité car il me considère avec infiniment d’amabilité. C’est lui qui a trouvé tous les titres de mes livres. Je souffre de cette maladie de ne jamais trouver les deux ou trois mots à inscrire sur une couverture. Lui m’en fait le don ! Alors compagnonnage, oui, mais Pascal Quignard est surtout d’une immense générosité. Entre nous, quelque chose survit dans le déferlement du temps.

Le thème du Banquet porte sur la sexualité et la nuit sexuelle. Qu’allez-vous dire au public, ce soir ? La nuit sexuelle, c’est le thème le plus propre à jeter le trouble, l’ivresse et l’épouvante dans la culture classique et savante dont un petit nombre d’entre nous est pétri. Pascal Quignard est le descendant d’une lignée de philologues abreuvés de latin et de grec. Il est comme pétrifié par la culture des Anciens et il éprouve dans son corps de papier la poussée de la vie. C’est, d’entre nous, le plus qualifié pour parler de ce thème.

Vous publierez chez Verdier le deuxième tome de votre « Carnet de notes » [1]. Le premier tome racontait votre vie au quotidien, quasiment tout de votre vie dans ses moindres instants. Quel est le sens de cette « entreprise » ? C’est la vie, tout simplement ! Je suis homme et j’essaie d’affronter la vie du mieux que je peux. Je suis époux, père, professeur, militant syndicaliste, militant politique. Alors, dans tout cela, j’essaie de voir clair car la vie ne porte pas mention dans l’instant même de ce qu’elle est. Le carnet permet de noter et, peut-être, de voir plus clair.

Cela signifie que pour vous, tout, jusqu’au moindre détail, a de l’importance ? Nous avons fait le détour par la vie. Il y a ceux qui sont restés incréés et dont le nom n’a pas retenti au guichet. Puisque nous avons été convoqués, regardons de tous nos yeux ce qu’aura été notre vie, avant de retourner vers le néant dont nous sommes sortis. Noter la vie, ma vie dans ses moindres détails, cela m’aide à vivre mieux. Je sais, au moins, ce qui m’est prêté.


[1Pierre Bergounioux : Carnet de notes 1991-2000 aux éditions Verdier.

< >

Forum

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.