Les cahiers de Serge Bonnery

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"Brahms, un brasier, un volcan..."

mardi 12 mai 2015, par Serge Bonnery

Le pianiste et producteur de l’émission Notes du Traducteur sur France Musique est vendredi 15 mai au théâtre de l’Archipel de Perpignan. Il interprète le premier concerto pour piano de Johannes Brahms avec l’orchestre de Perpignan-Méditerranée sous la baguette de Daniel Tosi. C’est à l’occasion de ce concert qu’il nous a accordé un entretien.

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Philippe Cassard

Lorsqu’on regarde votre parcours musical, on vous sent très schubertien… Je suis toujours avec Schubert ! J’aime le chant, la poésie, le romantisme allemand qui replace l’homme au centre de la nature et de la société. Tout cela, c’est Schubert chez qui s’exprime aussi toute la gamme des sentiments amoureux. Il était modeste et n’a pas joui d’une grande notoriété dans une Vienne où triomphaient les Italiens. Mais sa musique est toujours là…

Dans votre vie, il y a aussi Debussy… À force d’aimer un artiste, on aime l’homme ! C’est vrai pour Schubert, c’est vrai pour Debussy. Il était tout le temps en éveil, c’est cela que j’aime chez lui, comme son goût pour l’échange avec les peintres et les poètes de sa génération. Il fréquentait les salons de l’aristocratie qui étaient de véritables tables ouvertes pour les artistes. Je puise dans cette atmosphère le moyen de sortir de l’individualisme forcené qui est la marque de notre époque.

Que ce soit en duo ou en musique de chambre, l’échange est vital pour vous ? Un pianiste peut se contenter de jouer seul ou avec orchestre. Je pense néanmoins que le piano ne se limite pas au solo. Il y a tout un répertoire à découvrir dans le quatre mains, les duos, la musique de chambre… Un répertoire tellement beau et la vie est si courte !

Vous n’avez donc pas envie de vous limiter… C’est ma fibre schubertienne ! J’aime apprendre des autres. On se nourrit dans le travail commun…

Le pédagogue qui est en vous s’exprime dans les « Notes du traducteur » sur France Musique. Vous annoncez la fin de cette expérience. Pourquoi ? Je ne referme pas un livre, je tourne seulement une page. J’arrête en effet les « Notes » dans leur formule actuelle. Après dix ans et 430 émissions, j’ai une peur bleue de la routine. J’aime être dans la nouveauté. J’ai donc proposé une nouvelle formule que la direction de la chaîne étudie. Il s’agirait de présenter, en alternance, trois émissions en cabine (c’est-à-dire sans direct au piano) pour retracer chaque fois le parcours musical d’un interprète à travers ses enregistrements et les archives dont nous disposons. La quatrième émission du mois reprendrait le principe des « Notes » actuelles avec l’approfondissement d’une œuvre en direct, avec un invité ou pas.

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Johannes Brahms à vingt ans

Venons-en à Brahms dont vous jouez le premier concerto à Perpignan. Comment abordez-vous cette œuvre ? C’est mon concerto fétiche, le premier que j’ai joué en public. C’était à Porto et j’avais 18 ans. À cette époque, je l’ai monté avec « les moyens du bord », mais depuis, je n’ai cessé de l’approfondir. On oublie que Brahms avait 22 ans quand il l’a écrit et on le joue souvent comme s’il en avait 70 ! Or ce concerto est un brasier, un volcan. Le mouvement lent est à la fois une grande déclaration d’amour à Clara Schumann et l’expression de la douleur que ressent le jeune Brahms face à la maladie qui emportera Robert Schumann. Il y a là comme un adieu à la figure aimée du maître.

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