Les cahiers de Serge Bonnery

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Lettre sur l’Amour (2)

dimanche 10 mai 2015, par Serge Bonnery

II

L’amour de la Parole (1 Jn 2, 3-11)

« Mais celui qui garde sa parole, c’est en lui vraiment que l’amour de Dieu est accompli. A cela nous savons que nous sommes en lui » (1 Jn 2, 5).

Nous ne l’avons ni vu, ni touché, ni connu. Pas seulement entraperçu. Ce que nous savons - ou croyons savoir de Lui - nous le tenons d’autres que nous qui l’ont dit. D’autres qui l’ont connu, touché, vu. D’autres qui l’ont suivi dans ses pérégrinations. Qui ont mis leurs pas dans les siens. D’autres qui l’ont reconnu comme le Chemin et la Vie.

Mais ces autres non plus, ces témoins, nous ne les avons ni vu, ni touché, ni connu. Nous ne les avons pas entendu raconter ce qu’ils avaient vu, touché et eux-mêmes entendu. D’où vient que demeure le si lointain ? D’où vient que persiste la voix des disparus ?

Ils n’ont pas disparu. Ils sont là. Ils nous accompagnent. Ils ont nom Marc, Matthieu, Luc, Jean et nous continuons à les appeler Marc, Matthieu, Luc et Jean, exactement comme si nous avions mangé la veille à leur table et nous les saluons lorsque nous nous levons et nous les cherchons du regard lorsque nous nous sentons perdus dans la foule ou face à l’immensité de la mer qui n’a pas de fin.

Ils n’ont pas disparu. Ils sont là parce que nous les lisons. Ce qui nous reste d’eux, ce sont leurs mots. Leurs mots qu’ont écrit ceux qui à leur tour les ont entendus, ou ont entendu d’autres qu’eux raconter ce qu’ils avaient entendu. D’où vient que, de génération en génération, la parole ne se soit pas perdue ? D’où vient que cette parole n’ait pas été submergée par le brouhaha et la confusion de toutes les paroles qui, depuis, ont été prononcées contre elle ? D’où vient que cette parole n’a pas été enfouie dans le bruit des sables ? D’où vient qu’elle a résisté et qu’elle continue à résister ?

Car la Parole résiste. Elle résiste à la violence, à la raison quand elle déraisonne, à l’indifférence, à tous les ennemis qui la guettent et n’ont de cesse - il s’y emploient avec une véhémence inouïe - de la bâillonner, l’interdire, l’enfouir, l’effacer, la perdre.
De Lui, il ne nous reste que sa Parole telle que d’autres qui l’ont entendue ou d’autres qui ont entendu d’autres la leur donner et qui eux-mêmes l’avaient reçue d’autres qui l’avaient entendu d’autres ou de Lui. Sa Parole. Là. Sous nos yeux. Dans le Livre. Et si nous voulons l’aimer, Lui, nous n’avons pas d’autre choix que d’aimer ce qu’il dit. Et si nous voulons le porter, Lui, dans le monde, nous n’avons pas d’autre choix que de porter sa Parole dans le monde. Et si nous voulons le montrer, Lui, à la face du monde, nous n’avons pas d’autre choix que de donner sa Parole au monde.

Garder sa Parole signifie qu’il faut d’abord la lire, s’en imprégner. Mais pas seulement. Nécessité, aussi, de l’étudier, de l’interroger afin que son sens profond pénètre en nous. Afin que, par son étude, elle établisse en nous sa demeure.

Nul ne peut prétendre le connaître, et encore moins l’aimer, s’il ne garde pas sa Parole. Garder dans le sens de défendre : contre les attaques incessantes dont elle fait l’objet de la part des obscurs qui ne rêvent que d’obscurcir le monde, de le rendre à ses ténèbres, de lui ôter la possibilité de la lumière.

Une grande preuve de notre Amour est dans le questionnement quotidien de sa Parole. Mais il est une preuve plus grande encore. C’est l’obéissance. La plus grande preuve de notre Amour est dans l’obéissance à sa Parole. Il faut être humble - et détaché du monde - pour obéir à ce qui est plus grand que nous, à ce qui nous dépasse, à ce qui, à nos yeux, est et demeurera toujours incommensurable.

Jean a une joie. Il l’exprime dans sa première épître. Il exprime la joie qu’il ressent en voyant, sous ses propres yeux, disparaître les ténèbres. Jean éprouve et partage la joie de voir la Lumière illuminer le monde. Pas ailleurs ni demain. Mais ici et maintenant. Il le dit aux enfants à qui il écrit. Regardez : les ténèbres s’en vont, leur dit-il. Et la lumière brille déjà.

« … puisque les ténèbres s’en vont et que la véritable lumière brille déjà » (1 Jn 2, 8)

Jean quitte la perspective eschatologique. Il nous dit que la Lumière est est parmi nous et qu’il n’est pas nécessaire d’attendre la fin du monde pour assister à son avènement. La Lumière est là : il suffit à chacun de la reconnaître. Et pour la reconnaître, il faut l’aimer. En aimant la Parole qui donne la Lumière au monde En suivant ses commandements.

Au fond, c’est simple. Tout tient en un mot : l’Amour.

« Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière… » Un point, c’est tout.

Le texte (1 Jn 2, 3-11)

A ceci nous savons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements.

Qui dit : « Je le connais », alors qu’il ne garde pas ses commandements est un menteur et la vérité n’est pas en lui.

Mais celui qui garde sa parole, c’est en lui vraiment que l’amour de Dieu est accompli. A cela nous savons que nous sommes en lui.

Celui qui prétend demeurer en lui doit se conduire à son tour comme celui-là s’est conduit.

Bien-aimés, ce n’est pas un commandement nouveau que je vous écris, c’est un commandement ancien, que vous avez reçu dès le début. Ce commandement ancien est la parole que vous avez entendue.

Et néanmoins, encore une fois, c’est un commandement nouveau que je vous écris - ce qui est vrai pour vous comme pour lui - puisque les ténèbres s’en vont et que la véritable lumière brille déjà.

Celui qui prétend être dans la lumière en haïssant son frère est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière et il n’y a en lui aucune occasion de chute.

Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.


Le texte biblique est celui de la Bible de Jérusalem (Les éditions du Cerf, 1998).

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