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Sur la littérature jeunesse

mercredi 25 décembre 2013, par Serge Bonnery

Dans les années 80 à Carcassonne, Cécile Roumiguière a participé aux Médiévales, un spectacle sons et lumières donné pendant plusieurs saisons dans la Grand théâtre de la Cité où se déroule habituellement le festival d’été. C’est l’écriture du scénario de ce spectacle qui l’a poussée à s’aventurer plus avant dans les mots et devenir écrivain pour la jeunesse. Forte d’une bibliographie déjà abondante, cette aveyronnaise de souche n’a rien perdu de la langue poétique qui l’a vu naître ni des contes qui ont bercé son enfance. C’est dans cet insondable creuset que Cécile Roumiguière puise la matière de ses livres. Jongle avec les mots du rêve pour créer du merveilleux. Cette histoire avait commencé sous le préau d’une école abandonnée. S’est poursuivie sur la grande scène carcassonnaise. Elle a gardé de ces apprentissages la passion des mots associés aux images. "Regarder, écouter, rêver le monde", dit-elle. Pour donner en partage ce rêve sans lequel vivre serait un bien triste chemin.

« Le bonheur de dire l’enfance »

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire le choix d’écrire pour la jeunesse ?
Après les Médiévales, j’ai cherché comment travailler autour de mon appétit pour les mots et celui pour les images. Je ne connaissais pas la littérature jeunesse, je passais devant le rayon « albums » pour aller dans celui des BD. Un jour, mon regard s’est arrêté sur la couverture d’un album de Nadja, Chien bleu. Depuis, je reste fascinée par ce rapport texte-image. Quelques mots pour raconter une histoire qui va être racontée aussi, simultanément et en parallèle par les images, par la typographie, la mise en page aussi pour les albums les plus aboutis. L’histoire, l’image, le rythme, le son, la couleur, il y a tout ce que j’aime dans un album. Et on produit très peu de livres de littérature générale illustrés… Ensuite, il y a dans la littérature jeunesse le bonheur de dire l’enfance, de rester centré sur un moment de la vie essentiel, fondateur. Et bien sûr s’adresser aux enfants, les adultes lecteurs, les citoyens de demain.

En quoi écrire pour les enfants est-il différent d’écrire pour les adultes ?
Je ne sais pas si c’est différent. Il y a le même respect du lecteur, la même attention. Les lecteurs enfants n’ont pas les mêmes références que les adultes entend-on souvent, mais tous les lecteurs adultes n’ont pas les même références non plus. Je me refuse par exemple à utiliser un vocabulaire aseptisé sous prétexte que les enfants ne connaissent pas certains mots. Dans mon premier album, je parlais d’un ginkgo biloba, une image d’arbre sous-tendait le texte, pourquoi me priver d’un mot qui fait autant rêver, qui ouvre autant de portes ? Il y a aussi les thèmes. Raconter une histoire de rides à des enfants de six ans semble inadapté, pourtant le vieillissement est quelque chose qui peut les fasciner, on le voit avec les histoires de métamorphoses par exemple. Tout est dans la façon de raconter. Les contes sont là pour nous pointer du doigt qu’on peut tout dire, reste à savoir comment le dire. Mais je ne suis pas certaine d’écrire « pour les enfants », j’écris l’enfance, et des enfants aiment lire ce que j’écris.

Vous dites que vos livres sont des hommages à ceux qui vous ont raconté des histoires. Vous pensez à qui en particulier ?
Les premières histoires dont je me souviens sont celles des films que je voyais en noir et blanc à la télévision. La Belle et la Bête de Cocteau, à qui je rends hommage avec la réécriture du conte cette année (chez Belin), Pinocchio et sa merveilleuse Fée bleue sous la caméra de Comencini, Jacques Demy, bien sûr, son Peau d’Âne et Les Parapluies de Cherbourg, Fifi Brindacier que j’ai connue en feuilletons télé… Oui, c’est d’abord le petit écran qui m’a raconté des histoires. Mon père m’en racontait beaucoup aussi, c’était un fabuleux pince-sans-rire, je le suivais à fond dans son humour et son imagination décalée. Il rêvait d’élever une girafe ou un hippopotame dans le jardin… Puis Maupassant, Balzac, Hitchcock, Welles, Duras, Anaïs Nin… la liste est longue. Et elle s’allonge encore, heureusement.

« Je parle le Nougaro courant », soulignez-vous pour mettre l’accent sur vos racines occitanes. En quoi est-ce si important d’ancrer sa langue ?
J’ai mis longtemps à comprendre pourquoi on qualifiait mon écriture de « poétique ». C’est que j’ai grandi dans ce français fraîchement arraché à la langue occitane, mes grands-parents étaient bilingues. Mon phrasé vient de là, comme les mots que je mêle pour faire naître des images ou le rythme de mon écriture. Comment aller puiser dans nos sensations, nos émotions, pour écrire sans passer par ce langage premier ?

Vous veillez toutefois à ne pas vous laisser enfermer dans cet ancrage. « Pour écrire, proclamez-vous, il faut lever l’encre ». Cette levée, c’est le rêve ?
Plutôt la levée des inhibitions, des peurs qui nous plombent. Il faut accepter de relâcher sa vigilance, de laisser le bateau dériver pour aller plus loin. J’y travaille…

Plus d’infos sur le site internet de Cécile Roumiguière (sa bibliographie, ses activités, ses projets...)


serge bonnery - 27 décembre 1013

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