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Le néolithique, une nouvelle naissance

mardi 7 avril 2015, par Serge Bonnery

Qu’est-ce que l’homme qui vivait il y a 5 000 ans nous apprend sur nous-mêmes ? Toute l’œuvre de l’académicien Jean Guilaine tente de répondre à cette question. A l’occasion de la publication de La seconde naissance de l’homme aux éditions Odile Jacob, Jean Guilaine nous a accordé un entretien.

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Jean Guilaine : "Le paysan qui s’enracine est à l’origine des civilisations" - Photos Claude Boyer

Votre nouveau livre s’intitule « La seconde naissance de l’homme ». C’est-à-dire ? Lorsque l’homme est apparu il y a 2,5 millions d’années, c’était un parasite. Il n’intervenait pas sur la nature. Il ne la transformait pas. Le chasseur-cueilleur qu’il était alors se contentait de prélever ce qui lui permettait de vivre. Puis s’ouvre la période du néolithique qui constitue un nouveau départ. L’homme se sédentarise. Il produit sa propre alimentation, invente l’agriculture et l’élevage. Les premières sociétés rurales se constituent.

Le néolithique marque-t-il le début d’une ère que l’on pourrait qualifier de moderne ? Tout au long de mes années de recherche, j’ai acquis le sentiment que le néolithique n’est pas de la Préhistoire mais de l’Histoire. L’homme du néolithique cultive des champs, crée des villages. Il s’organise en sociétés qui sont la préfiguration de celles que nous connaissons aujourd’hui. Le paysan qui s’enracine est à l’origine des civilisations historiques.

Cet homme, que nous apprend-il sur nous-mêmes ?
Il rencontre tous les problèmes de la vie en communauté. La communauté génère des codes et des règles de vivre ensemble, des tensions se créent en son sein pour des questions de pouvoir, l’homme y est confronté à la quête de sa propre identité... Au fond, tous les problèmes qui se posent dans les sociétés contemporaines sont en germe dans les organisations sociales qui apparaissent au néolithique.

La guerre fait rage dès cette époque. C’est, dites-vous, le « mal endémique » des sociétés humaines ? L’agriculture engendre un phénomène de capitalisation. L’homme stocke les récoltes. Autrement dit, il crée de la richesse. Cette richesse suscite l’envie, la jalousie, la convoitise. Le sentiment d’animosité naît avec le néolithique où, effectivement, la guerre entre communautés se développe.

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"Le néolithique n’était pas un monde calme"

Est-ce que les guerres du néolithique ont été beaucoup étudiées ? Pendant longtemps, on a nié le côté barbare de ces sociétés primitives. On avait tendance à les imaginer sur le mode pacifiste. Or à partir du néolithique, les antagonismes n’ont jamais cessé de se développer.

Otzi, cet homme retrouvé dans les glaces du massif alpin, témoigne selon vous de la violence des sociétés du néolithique... Otzi est un personnage de roman ! Toute la littérature et même les films qui lui sont consacrés en ont fait un mythe. Otzi a été découvert par des archéologues durant l’été 1991 grâce au dégel de la masse de glace dans laquelle il était pris depuis 5 000 ans. C’était la première fois que l’on trouvait un homme de ce temps avec son équipement complet : ses vêtements, son arc, son poignard...

Il aurait été assassiné ? Ce personnage n’est pas clair. De l’ADN qui n’est pas le sien a été retrouvé sur son poignard... Et il a probablement été tué car on a découvert la pointe d’une flèche en silex fichée dans son épaule gauche. Otzi témoigne de la violence qui régnait dans les sociétés de ce temps. Le néolithique, quoi qu’on ait pu dire ou imaginer, n’était pas un monde calme...

Cueilleur de sens...

Professeur au Collège de France, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et membre de l’Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), Jean Guilaine est l’un des spécialistes mondiaux du néolithique. Il n’a de cesse d’interroger les premières sociétés humaines en privilégiant les travaux de terrain. Jean Guilaine fouille. Il cueille des secrets enfouis en espérant qu’ils lui révéleront des connaissances sur l’homme : d’où il vient, comment il s’est formé et transformé à l’épreuve du temps. Mais en scientifique rigoureux, Jean Guilaine ne se contente pas de trouver. Il analyse. Bref : il crée du sens. C’est tout l’intérêt de ses livres de vulgarisation - dans le sens noble du terme - tels que La seconde naissance de l’homme. Jean Guilaine y peint l’homme d’un temps qui a des choses à nous apprendre. L’œuvre de Jean Guilaine non seulement nous aide à mieux comprendre qui nous sommes. Mais elle nous dit, aussi, ce que nous pourrions rêver d’être...


La seconde naissance de l’homme, par Jean Guilaine. Editions Odile Jacob. 200 pages. 24,90 euros.

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Messages

  • écouter Jean Guilaine, c’est non seulement entendre ce qu’il a à dire (même au travers d’un entretien transcrit) se remémorer sa voix, son accent, cette "seconde langue" qui vient si naturellement se poser au cœur du discours. Oui, la préhistoire est bien de l’histoire et, après avoir tant cru au progrès, au plus jamais cela, il est grand temps de comprendre ce "mal endémique" glaçant si profondément ancré qu’il apparait comme l’un des propres de l’homme.

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