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Robert Rius : la révolte et la révolte

vendredi 13 mars 2015, par Serge Bonnery

Né à Château-Roussillon, près de Perpignan, le 25 février 1914, Robert Rius a été assassiné par la gestapo le 21 juillet 1944 dans la forêt de Fontainebleau, aux côtés de vingt autres martyrs de la Résistance, après avoir été sauvagement torturé.

Poète surréaliste, principal animateur des éditions clandestines de La Main à Plume, secrétaire d’André Breton, Robert Rius avait choisi l’engagement contre les nazis. En poésie, il avait provoqué le soulèvement des mots, la révolte de la parole. Mais après 1940, il comprit vite que les mots ne suffiraient pas et que seules les armes auraient raison de la barbarie.

Un numéro-double des Cahiers Robert Rius vient d’être publié par l’Association pour la mémoire de Robert Rius à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance.
Cette publication est en soi un événement bibliographique : elle propose en effet la réédition intégrale de l’unique recueil de poèmes publié par Robert Rius en 1940 aux Editions Surréalistes : Frappe de l’Echo.

Le numéro est enrichi d’une étude sur la poésie de Robert Rius et le mouvement surréaliste sous l’occupation allemande par Lola Le Testu (il s’agit de son mémoire de Master 1 en littérature française soutenu en septembre 2013 à l’université Paris IV-Sorbonne).

Au moment où le Printemps des Poètes se place sous la bannière de l’Insurrection poétique, nous donnons ici deux poèmes de Robert Rius extraits de Frappe de l’Echo.
Où le poète célébrant le désir - la cueillette continue de tes mains blanches ta bouche le bouquet de lune - fait écho à la poésie des troubadours, ses aînés. Guilhem de Cabestany était né lui aussi à Château-Roussillon !

Mais les poèmes de Robert Rius sont aussi prémonitoires du ciel obscur qui va bientôt recouvrir de sa chape de silence la France occupée. A la Table des Ténèbres, se sont invitées les nuits vides, les terres noires, l’eau saumâtre et les écailles du sommeil. L’étincelle poétique n’est hélas pas pour durer : son écho heurte la nuit annoncée, le compte à rebours est déclenché, voici l’heure du croupissement onirique et des horloges dévoreuses d’hommes.

Ici, les mots de Robert Rius sont pressentiment de la marche vers l’irréversible, le noir rayon de chair qui engloutit le monde.

La Table des Ténèbres

Suspendue au cou des nuits vides
fleur vantée des terres noires
anse magique où perle le rêve
tu es la trajectoire des fruits d’eau saumâtre
la sueur anthropophage de celui qui
t’aperçoit
Le devenir roux de chaque feuille
dans la pierre
aux flancs de chair rose
tranquille indépendance des nuits
au plafond écaillé de sommeil
La cueillette continue
de tes mains blanches
ta bouche le bouquet de lune
la constellation nouvelle
appelée coucher de silence

L’herbe sans couture

L’étincelle n’a duré
que l’espace d’une tempête ensevelie
en travail de minuit
Le regard de ta vie
frappe
les murailles de lumière
Noir
rayon de chair
appelé au destin de vivre
du croupissement onirique
dans le coffret satiné de ma dernière nuit
Ma vie de plaisirs entomologiques
a vu le fond des labyrinthes
villes entières cantharides
les fontaines jaillissent pendant vos amours

Mais les horloges mâchent tous les passants


Ces deux poèmes sont publiés avec l’aimable autorisation des ayant-droits. Qu’ils en soient ici vivement remerciés.

Le cahier du centenaire de Robert Rius est disponible auprès de l’Association pour la Mémoire de Robert Rius, 9 avenue de la République, 66190 Collioure au prix de 28 euros.

Sur Robert Rius : le site internet de l’association.

A lire aussi sur L’Epervier Incassable : Robert Rius, les écritures clandestines.

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