Les cahiers de Serge Bonnery

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"Casals par-dessus mon épaule..."

jeudi 12 mars 2015, par Serge Bonnery

[Anne Gastinel se produit vendredi 13 mars au théâtre de l’Archipel à Perpignan avec la pianiste Claire Désert. Au programme : Bach, Beethoven et Rachmaninov. C’est à cette ocassion qu’elle nous a accordé l’entretien que voici.]

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Anne Gastinel

Comment s’est construit votre duo avec Claire Désert ? Nous nous connaissons depuis une quinzaine d’années. A l’origine, c’est une rencontre humaine. Je ne peux dissocier l’affect du travail. Avec Claire, ça a fonctionné tout de suite. Nous sommes heureuses de jouer ensemble, il n’y a jamais la moindre tension. J’ai besoin de travailler sereinement…

Votre répertoire personnel couvre toutes les époques de la musique. Pourquoi cet éclectisme ? Les violoncellistes ne possèdent pas un répertoire aussi vaste que les pianistes ! C’est ce qui me pousse à explorer, à toujours aller vers du nouveau. J’aime le baroque et le moderne. Travailler dans des univers différents, voire opposés, est un enrichissement. Je n’ai pas envie de m’enfermer dans deux ou trois pièces. Je préfère découvrir.

Le programme de vendredi soir débute par une sonate de Bach. Peu connue ? En tout cas peu jouée. Ces sonates ont été écrites à l’origine pour la viole de gambe et le clavecin. Il n’est pas habituel de les entendre au piano et au violoncelle.

La cinquième sonate de Beethoven : difficile ? C’est une œuvre âpre à l’écoute avec des moments très abrupts - la grande fugue du finale - caractéristiques du dernier Beethoven. C’est une sonate un peu folle !

Et, enfin, la sonate de Rachmaninov : une montagne ? Pour la pianiste ! Sa partie est un véritable concerto. Sinon, la pièce est d’un romantisme pur, très facile à l’écoute. Les violoncellistes adorent la jouer car elle est très lyrique.

Vous jouez sur un violoncelle du facteur italien Testore daté de 1690 environ. Quel type de relation entretenez-vous avec cet instrument ? Totalement irrationnelle ! Notre rencontre, en 2000, fut un coup de foudre, ça a tout de suite collé entre nous ! Nous passons notre vie ensemble… J’y suis extrêmement attaché. Au-delà de l’irrationnel, il y a le travail : on sait qu’un instrument se fait à celui qui le joue. Il y a donc quelque chose de très réel entre nous dans la recherche et la création du son.

Votre disque Iberica témoigne d’un lien à l’Espagne et à la Catalogne. D’où provient cet intérêt ? Je songeais depuis longtemps à marier le son du violoncelle à celui de la guitare et pour moi, la guitare, c’est l’Espagne. Ce fut donc l’occasion d’explorer ce répertoire.

Vous y faites découvrir la Suite du compositeur Gaspar Cassado né à Barcelone…
C’est une pièce très connue des violoncellistes qui la travaillent à un moment donné dans leur apprentissage. Mais le public, en effet, la connaît peu. Elle est magnifiquement écrite pour l’instrument puisque Cassado était lui-même violoncelliste.

Vous avez aussi une histoire avec Pau Casals…
Avec son violoncelle que son épouse Martha avait décidé de me prêter pendant un an. Ce fut très inattendu et très émouvant. Je n’oublierai jamais mon émotion au moment où il m’a été remis, chez un luthier de New York où il est toujours aujourd’hui. J’ai enregistré deux disques avec lui parce que je voulais garder une trace de ce moment. Je l’ai rendu sans nostalgie. Mais pendant toute cette année, c’est comme si Casals avait regardé par-dessus mon épaule…

Le preludo-fantasia de la suite pour violoncelle de Gaspar Cassado peut s’écouter ici : https://open.spotify.com/track/5aQOwNOlMDUvYunPU43MY1

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