Les cahiers de Serge Bonnery

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Les corps à corps de Bruno Geslin

jeudi 26 février 2015, par Serge Bonnery

Metteur en scène, Bruno Geslin a fondé sa compagnie - La Grande Mêlée - à Nîmes en 2006. La même année, il crée le spectacle Je porte malheur aux femmes mais je ne porte pas bonheur aux chiens, avec Denis Lavant et d’après l’œuvre du poète Joë Bousquet. Il a aussi monté récemment Mes jambes, si vous saviez quelle fumée, d’après l’œuvre photographique de Pierre Molinier. Il vient de créer Chroma, d’après l’œuvre du cinéaste Derek Jarkman au théâtre de l’Archipel à Perpignan. Rencontre...

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Bruno Geslin (photo Philippe Rouah)

Bruno Geslin éprouve une attirance pour les artistes hors normes. Ceux que la vie a heurtés et dont les œuvres échappent au conformisme ambiant. Après le photographe Pierre Molinier et le poète Joë Bousquet, le metteur en scène de la compagnie La Grande Mêlée se lance aujourd’hui un nouveau défi en se frottant à l’artiste anglais Derek Jarman, « cinéaste atypique qui travaille dans les marges, poète et jardinier », résume-t-il.

Comme Joë Bousquet a vu sa trajectoire fauchée par une balle qui l’a immobilisé après la bataille de la Marne en 1918, Derek Jarman a été terrassé par la maladie. « Il était séropositif. Il l’a annoncé publiquement en 1982. À cette époque, dire que l’on a le Sida était un acte politique », poursuit Bruno Geslin.

Le spectacle créé au Théâtre de l’Archipel à Perpignan est construit à partir du livre de Derek Jarman dont il reprend le titre : Chroma. « C’est à la fois un livre autobiographique et testamentaire », indique Bruno Geslin. « Toute son œuvre est une interrogation sur le rapport à la couleur ».

Le drame, car il y a drame : Derek Jarman, à la fin de sa vie, perdait la vision périphérique et la notion des couleurs. « Le livre est à la fois un traité des couleurs et son journal d’hôpital », raconte le metteur en scène qui fait appel, pour son spectacle, à une comédienne, deux danseurs et deux musiciens. « Ils sont tous traversés par les mots de Jarman. Le spectacle exige d’eux une mise en jeu, entre pudeur et inventivité, pour que ce qui se passe soit donné en partage ».

Ici, et comme souvent dans les précédentes mises en scène de Bruno Geslin, c’est le corps qui s’engage. « La résistance à la maladie et le combat contre la souffrance, ce ne sont pas des concepts », insiste-t-il. « Tout cela s’incarne dans l’énergie du mouvement et de la traversée ».

Si Chroma raconte l’histoire d’un homme qui avance vers ses ténèbres, le livre n’est pas moins « une célébration de la vie ». Bruno Geslin aime être « sur le fil », dans ce moment « où la nuit approche » et où l’homme de scène peut encore jouer avec toutes les nuances des sensations corporelles. Chroma est un projet que Bruno Geslin porte depuis cinq ans. Il fallait le temps, « la distance », pour donner au public sa lecture personnelle de ce texte où s’expriment « l’élégance et la délicatesse » de Derek Jarman. Loin de tout pathos. « Au bord de la douleur de manière à ce qu’elle reste audible... »

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