Les cahiers de Serge Bonnery

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Rature de l’infini

vendredi 13 février 2015, par Serge Bonnery

Le cœur des mots - dans le cœur / nommer / des mots - Nommer les mots dont le cœur serait l’objet qui les porte.

Rature de l’infini.

Le lisible et le visible. Qu’est-ce qui est visible ? La tour de béton dressée face à moi comme un i dont le point aurait été dérobé par des anges. Qu’est-ce qui est lisible dans les mots ? Ce qui court - ce qui a cours en eux. Les mots courent. J’accours. Je m’épuise. Je respire de plus en plus mal. Je m’étouffe. Je dois interrompre ma course.

Ecrire pour rendre lisible le visible. Et le monde habitable.

Roland Barthes est de cette famille d’écrivains qui rendent le monde habitable. Lisible. Leurs mots accourent. Ils ont l’élégance de nous attendre.

« Lire, c’est faire travailler notre corps à l’appel des signes du texte », écrit Roland Barthes (in Ecrire la lecture).

Vivre dans « la profondeur moirée des phrases ». Là où est le lisible. Dressé comme le mur qu’il faut escalader pour voir le ciel et les scintillements du sens.

Un paysage désertique - une plaine burinée par le passage des glaces - comme si Dieu s’était brusquement retiré de ces lieux ineffables - une voie étroite qui serpente entre les collines - et ne dit rien - s’avance - quelques lopins de terre piétinés dans l’attente - les marchands qui tendent leurs mains aux passants dans l’espoir qu’il y ait toujours quelque chose à prendre - une silhouette - quelques cliquetis de rosée dans l’épée sœur des fumées et des proses - le vent souffle d’ailleurs - un jour encore les mots gouvernent.

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