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Louis Codet : trois poèmes roussillonnais

dimanche 8 février 2015, par Serge Bonnery

Né en 1876 à Perpignan où il a effectué une partie de sa scolarité, Louis Codet est mort le 27 décembre 1914 à l’hôpital du Havre, des suites d’une blessure reçue le 5 novembre de la même année sur le front belge, à Steenstrate, près d’Ypres. Il avait connu un destin prometteur d’écrivain avec, outre de nombreux articles dans des journaux et revues de son temps, la publication de deux romans : La Rose du Jardin (1907) et La Petite Chiquette (1908).
Fauché en pleine jeunesse, Louis Codet n’a pas moins laissé une œuvre abondante, omposée de proses (romans, récits), poèmes et chansons. L’essentiel a été publié à titre posthume aux éditions Gallimard. Ami d’Apollinaire, de Marie Laurencin, d’André Gide et d’Eugène Montfort, Louis Codet se situe au tournant du siècle, dans cette période d’intense création artistique où s’exprime déjà la modernité des temps futurs.
Voici trois poèmes extraits du recueil des Poèmes et Chansons paru en 1926 aux éditions Gallimard.
Pour plus de renseignements sur la vie l’œuvre de Louis Codet, on se reportera au texte Modernité de Louis Codet publié dans les Mélanges de l’Epervier.

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Louis Codet - Vue du Voramar à Collioure - 1905

Billet de Collioure

Je loge sur le port, dans la maison Delfau.
J’admire, en écoutant l’éternelle complainte,
Les jeunes marins bleus, les belles barques peintes,
Les femmes recousant leurs filets sous l’ormeau.

Ma terrasse est à l’ombre, et ses balustres roses
Me semblent contournés de charmante façon.
J’y fais, comme l’on dit au régiment, la pause...
A quatre heures, l’on voit débarquer le poisson.

Les paniers de poissons visqueux, gras et difformes,
Les poulpes, les rougets et les baudroies énormes...
Je voulais m’en aller à la traîne ce soir ;

La mer était superbe et miroitante, et lisse ;
Mais le ciel s’est couvert et la mer se hérisse
D’écume que le vent conduit aux rochers noirs...

Collioure

Sous ces oliviers tors, parmi cette ombre heureuse,
Mangeons les beaux raisins ravis aux ceps brûlants,
Ce grenache et ces grains de muscat succulents ;
La mer bleue est au loin de voiles épineuses.

Le petit port, avec son église dans l’eau,
Ses bateaux blancs et son café sous les platanes,
Tout l’ardent petit port fait un exquis tableau,
Et l’on entend ici rire les Catalanes...

Je veux peindre joyeusement et jusqu’au soir,
Et puis nous rentrerons en suivant la colline,
Et nous irons auprès des barques nous asseoir.

Verrons-nous ce jeune joueur de mandoline
Qui fait avec tant d’art frémir sa main câline,
Quand la lune éclaire à souhait le golfe noir ?

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Paysage du Roussillon

L’olivier

Sur ce mont désolé, cette chapelle morte,
Ces grands murs, ces arceaux rompus, m’ont attristé...
Ah ! J’aime les vivants, la grâce, jeune et forte,
Et ne me repais point de cette vétusté !...

Je suis las de fouler d’un pas mélancolique,
Ces dalles qu’un funèbre orgueil armoria ;
Je plains le vieux cheval tournant sa noria
Dans ce jardin, où s’élevait la basilique.

On ne voit plus à l’horizon le trait charmant
De la mer... Ce pays me déplairait vraiment
Si quelques oliviers ne paraient les monts chauves.

Mais le bel olivier, mais l’olivier changeant
Fait briller à mes yeux sur ces terrasses fauves
L’ineffable clarté de ses rameaux d’argent.

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