Les cahiers de Serge Bonnery

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Dans la suite des Pas perdus

jeudi 5 février 2015, par Serge Bonnery

[Littérature et silence (petite suite de notes...)]

Si c’était silence. Le temps de voir passer le fleuve ragaillardi sous le pont, le jardin au milieu des roses dessiner un naufrage.

Besoin de silence ainsi que dit dans l’avant du poème Les pas perdus. Besoin de n’être plus sinon dans le retrait, la parenthèse, l’absence. Que les voix s’éloignent et ne se fassent plus entendre.

Le roulement sourd de la mer profonde. Le sifflement du vent dans les venelles. Qui, ici, assoiffé, tend la cruche ?

Sa venue est annoncée. Dans le silence. Loin de la confusion qui pousse chaque chose vers son abîme. Besoin de voir se dessiner une silhouette dans le lointain. La silhouette de Celui qui vient et ne dit pas son nom.

Besoin de silence. De n’avoir plus, pendant un temps, accès aux mots. Les laisser entre les membres écartelés des vivants.

Mais qu’ai-je fait, pendant tout ce temps ? J’ai rêvé de mots qui ne désignent ni ne disent - j’ai rêvé d’un poème de Crevel que je n’ai jamais lu et que je cherche encore dans ses œuvres complètes - de mots qui simplement affleurent, glissent entre les doigts du sable chaud, l’écorce des mots, la marée et son mouvement de tambours funèbres.

La littérature est parfois toute dans l’élégance de son retrait. Je regarde le monde et pour tenter d’en percer le sens, m’aperçois que je dois faire silence, murmure-t-elle. Un murmure, un chant d’oiseau. Le temps n’est pas à réveiller les morts.

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