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Paul Pugnaud, entre terre et mer

vendredi 2 janvier 2015, par Serge Bonnery

Itinéraire d’un enfant du siècle

Né à Banyuls en 1912, Paul Pugnaud est mort en 1995 à Lézignan-Corbières. ll a vécu entre ses deux passions : la mer et la poésie. Une exposition lui est consacrée jusqu’au 12 mars à la Maison Bousquet de Carcassonne.

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Exposition Pugnaud - Maison Joë Bousquet - Carcassonne

La grande maison où Paul Pugnaud est né, à Banyuls, en 1912, est située face à la mer. Dans son dos : les vignes. Au sous-sol : la cave où le grand-père vinifie. Tout est là. Toute la vie du futur poète en un seul lieu rassemblée.
Homme qui chérira la mer et vivra intensément la passion de la navigation à voile jusqu’à effectuer une traversée de l’Atlantique.
Homme amoureux de la terre qui deviendra en 1940 propriétaire du domaine de Belle-Isle, à Lézignan-Corbières, où il produira son propre vin.

Ces deux amours suffiraient à remplir une vie que la poésie vient encore grandir.
Lycée Louis de Gonzague à Perpignan, premières rencontres avec ceux de « la bande à Bausil » parmi lesquels Charles Trénet et Robert Rius, publication de textes dans Le Coq Catalan : Paul Pugnaud s’est jeté très jeune dans l’aventure littéraire. Il l’a poursuivie en 1929 dans la mouvance surréaliste tandis qu’il étudiait les lettres à la Sorbonne.
Mais Paris n’est qu’une étape. La vie va vite en ces années coincées entre deux guerres. Début des années trente : Paul Pugnaud assiste à l’avènement de la deuxième république espagnole à Madrid. Jusqu’en 1936, il rend visite à Dali à Cadaquès avant de rompre avec l’artiste à cause de ses sympathies franquistes. Printemps 1934 : à Arzens, dans l’Aude, il rencontre Bernadette Verdier qui deviendra sa femme.
Puis tout s’enchaîne : le mariage en juillet 1939, la guerre dans la Marine à Bizerte, l’acquisition de Belle-Isle en février 1940, l’arrestation de son beau-père résistant par la Gestapo...

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Manuscrit de Paul Pugnaud

Dans ce destin d’un enfant du siècle, Paul Pugnaud puisera la force de construire une œuvre authentiquement poétique. L’exposition qui lui est consacrée à la Maison Joë Bousquet à Carcassonne - il rencontra souvent le poète en ces lieux entre 1947 et 1950 - montre un écrivain à l’écoute de son temps. « Il écrivait tous les jours, sur des cahiers d’écolier », se souvient sa fille Sylvie qui se consacre aujourd’hui à sa postérité.

La mer, les terres dans l’éclat du jour, les souffles du vent, les embruns, le minéral, le végétal, la vie où on ne la voit pas : la poésie de Paul Pugnaud embrasse un horizon qui, des crêtes des Corbières, caresse les criques du Cap Creus. C’est en arpentant ces chemins-là que le poète parle au monde, dans le langage universel des hommes que seul attire l’indicible mystère de ce qui est.

La mer toujours recommencée

Le navigateur a sillonné la Méditerranée et traversé l’Atlantique.

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L’Almogaver - maquette du bateau de Paul Pugnaud

Devant nous, cet immense horizon et ces jours, ces semaines de mer... » Paul Pugnaud n’écrivait pas que de la poésie. Il tenait le journal de bord de ses sorties en Méditerranée, allant jusqu’à dessiner la configuration des côtes qu’il longeait : le cap Creus - l’un de ses lieux de prédilection - Peniscola...

De tout temps, Paul Pugnaud a aimé la mer. « Tout jeune, il avait demandé à sa mère de lui coudre une voile pour une petite embarcation », raconte sa fille Sylvie qui se souvient des croisières de son enfance.

En 1934, il embarque sur le Duplex, un croiseur de la Marine nationale à bord duquel il effectue le tour de la Méditerranée. A la même époque, il achète son premier bateau, l’Almogaver, à un antifasciste allemand rencontré à Cannes. Puis viendra le temps de L’Esperade et du Llibouri. A bord de ses voiliers, Paul Pugnaud a sillonné la mer entre la côte catalane, les rives du Maghreb et les Baléares.

Et comme tout marin qui se respecte, le poète a effectué une traversée de l’Atlantique à bord de La Chimère, un bateau appartenant à un couple d’amis. C’était en 1965. « La mer a toujours été au centre de sa vie », confirme sa fille. Dans nombre de ses poèmes, le lecteur est mis en présence de l’élément eau, celui qui donne la vie.
Et comme un signe révélateur, Paul Pugnaud a longtemps publié ses textes dans la revue du poète agenais Hugues Fouras dont il était devenu un fidèle contributeur. Cette revue s’appelait... La bouteille à la mer.

« Au bord du silence »

C’est chez Rougerie, éditeur à Mortemart près de Limoges [1], que Paul Pugnaud a publié l’essentiel de son œuvre et que paraissent encore des recueils posthumes. Entre René Rougerie, le fondateur de la maison, et le poète, un compagnonnage de vingt-cinq ans a donné lieu à la réalisation d’une quinzaine de volumes. Tout a commencé en 1970 avec la parution de Minéral qui reçut le prix Artaud attribué dans le cadre des journées de poésie de Rodez, un rendez-vous annuel auquel le poète demeurera fidèle jusqu’à sa mort en 1995. Cet encouragement incita Paul Pugnaud à délaisser la peinture (photo ci-dessous) pour ne plus que se consacrer qu’à la poésie.

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Buste de Paul Pugnaud

« J’ai eu la chance de rencontrer Paul Pugnaud, de marcher à ses côtés pendant vingt-cinq ans ponctués par des publications de plus en plus épurées », se souvient René Rougerie dans la préface du recueil Ecouter le silence.

« Paul Pugnaud avait compris que seule la poésie lui permettrait d’exprimer ce qu’il ressentait le plus profondément tout en lui conservant son mystère. La parole au bord du silence, l’expression la plus concise qui soit, voilà son langage... », écrit encore l’éditeur.
Aujourd’hui, l’aventure continue. Chez Rougerie, Olivier a pris la succession de son père. Et Paul Pugnaud continue d’être publié grâce à sa fille Sylvie qui, avec le concours de l’éditeur, travaille sur les inédits du poète.


L’exposition est présentée jusqu’au 12 mars 2015 au premier étage de la Maison Joë Bousquet, 53 rue de Verdun à Carcassonne, dans le prolongement de l’exposition permanente consacrée à la vie et à l’œuvre du poète Joë Bousquet.
Elle a été conçue par René Piniès, directeur du centre Joë Bousquet et Sylvie Pugnaud, la fille du poète.
Ouvert du mardi au samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Fermé les jours fériés. Entrée libre.


[1Le catalogue est consultable sur le site de l’éditeur

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