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Un été 14 en Lorraine

dimanche 14 décembre 2014, par Serge Bonnery

En Lorraine : « Les gars du Sud n’ont pas manqué de courage »

Dans son livre « La guerre à coups d’hommes, Lorraine été 1914 » l’historien Patrick-Charles Renaud réhabilite la mémoire des Poilus du 53e RI de Perpignan. Entretien avec l’auteur.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette période de la Grande guerre ?
Depuis l’enfance, je parcours les lieux où se déroulèrent les batailles de cette période. Quand on est Lorrain, on vit au milieu de cette mémoire, même s’il n’en reste plus rien dans les paysages, hormis les nécropoles et les monuments. Il n’empêche, j’ai toujours eu la curiosité de savoir ce qui s’était passé, une passion naturelle en quelque sorte. Comme chez nous, il n’y a pas de musée pour rendre compte de cette mémoire, j’ai décidé d’en faire un livre.

Il s’agit donc d’un devoir de mémoire ?
Oui, parce que cet épisode de l’été 1914 en Lorraine, qui fait pourtant partie de ce que l’on a appelé plus tard « la bataille des frontières », est très peu étudié. On en parle peu, contrairement à la bataille de la Marne du mois de septembre qui, avec ses fameux taxis, est inscrite dans toutes les mémoires et a fait l’objet de très nombreuses études.

Qu’est-ce que, selon vous, cet épisode a de particulier pour qu’on s’y intéresse ?
Si, aux côtés des Lorrains, les gars du Sud n’avaient pas combattu en héros et tenu le front, il n’y aurait jamais eu de bataille de la Marne et Paris aurait sans doute été atteint par les Allemands dès l’automne 1914. La bataille de Lorraine a été perdue, mais la résistance des Français a permis d’éviter le pire.

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Tombe du colonel Alfred Louis-Achille Arbanère, commandant le 53e RI de Perpignan - Nécropole nationale de Cutting

Qui s’est battu sur ce front en août 1914 ?
Il y avait des Lorrains. Mon arrière-grand-père s’est battu à Morhange. Et il y avait un important contingent du Sud composé de Provençaux, de Languedociens et de Catalans. Le 53e régiment d’infanterie de Perpignan a débarqué à Mirecourt le 9 août 1914 sous les ordres de son commandant, le colonel Alfred Louis-Achille Arbanère. Le 16 août, il pénétrait en Lorraine et délivrait les premiers villages du joug allemand. Puis le 20 août, le régiment catalan a été pris dans un véritable piège...

Quel souvenir ont laissé les soldats languedociens et catalans dans la mémoire collective lorraine ?
Ces soldats ont été calomniés à tort. Pas par les Lorrains mais par l’histoire militaire officielle qui a cherché à faire oublier le début de guerre catastrophique. Nous, Lorrains, savons que les gars du Sud n’ont pas manqué de courage. Ce sont leurs chefs qui ont perdu la bataille et ils ont payé cette défaite de leur sang.

A partir de quels documents avez-vous reconstitué cette histoire ?
Il y a les journaux de marche des régiments, très utiles pour confirmer telle date, telle position. Mais j’ai surtout lancé des appels dans les journaux locaux, dont L’Indépendant. J’ai ainsi pu retrouver des lettres, des carnets et des journaux intimes de soldats qui ont raconté les événements. Cette source-là est ma préférée. Je me méfie de l’histoire officielle...

« Le piège... »

Laissons Patrick-Charles Renaud raconter la bataille du 20 août 1914 dans laquelle fut impliqué le 53e RI de Perpignan : « Le régiment de Perpignan livre un terrible combat contre un ennemi invisible, retranché et appuyé par une artillerie lourde dévastatrice. A la sortie du bois en direction du village de Rorbach-lès-Dieuze, les soldats se heurtent à des mitrailleuses en batterie dans des tranchées. Il subit de lourdes pertes : 513 hommes. Le colonel Arbanère est tué à 8 heures du matin ainsi que le général Diou qui commande alors la 63e Brigade de Narbonne. Le 80e RI de Narbonne perd 440 hommes.
Les soldats catalans sont tombés dans un véritable piège, préparé à l’avance par les Bavarois : des tours de guet avaient été aménagées dans les bois, la région était jalonnée de repères pour l’artillerie. Malgré les conseils de la population locale qui assurait que les Français allaient droit vers un piège, le commandement français décida de poursuivre. Ce fut un véritable massacre... »


La guerre à coups d’hommes, par Patrick-Charles Renaud. Avec un cahier de photos d’époque. Editions Grancher. 25,90 euros.

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