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Au Mont des Oliviers

jeudi 11 décembre 2014, par Serge Bonnery

[Notes pour une recherche sur le Mont des Oliviers tel qu’il est nommé dans la Bible, Ancien et Nouveau Testament. Approche du lieu en tant que symbole]

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Mantegna - Christ au Mont des Oliviers

Le Mont des Oliviers est un lieu-dit. Il désigne une montagne située à l’est de Jérusalem et qui culmine à une altitude de 827 mètres.

Un haut lieu, donc, pas seulement du point de vue géographique mais aussi dans le sens où il occupe une place importante dans au moins deux des trois monothéismes :
sur le Mont des Oliviers se dresse le plus grand cimetière juif du monde. Lieu de mort, donc, et qui dit mort dit aussi mémoire mais lieu d’espérance et de vie aussi : selon la tradition juive, en effet, le Messie amenant la résurrection des morts passera par le Mont des Oliviers avant d’entrer à Jérusalem.

Les Chrétiens connaissent le Mont des Oliviers dont il est abondamment question dans les Evangiles. C’est le lieu par où passe Jésus avant d’entrer à Jérusalem (notons ici le lien avec la tradition juive que Jésus reproduit comme un signe de sa divinité). C’est encore le lieu où, entouré des Douze, il vient se reposer et prier. C’est le lieu où il est arrêté la veille de sa passion. Et c’est enfin le lieu de l’Ascension lors de sa remontée vers le Père. Là encore : lieu de souffrance et de mort (l’arrestation de Jésus qui précède sa crucifixion) et lieu d’espérance (l’Ascension).

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Mantegna - Christ au Mont des Oliviers

La vocation céleste de cette montagne est manifestée dès l’Ancien Testament. Dans le Premier Livre de Samuel, on voit David gravir le Mont des Oliviers au moment où il fuit son fils Absalom. Dans le texte, la montagne est désignée comme le lieu « où on adore Dieu ».

Dans le livre des Rois, on apprend que Salomon, cédant sur ses vieux jours à ses concubines qui le détournent du Seigneur, y bâtit des autels aux dieux Kemosh (le dieu des moabites) et Milkom (le dieu des ammonites) désignées comme de fausses divinités. Le Mont des Oliviers, lieu de désobéissance ? Nous aurons revenir sur ce point.

C’est dans Zacharie que la vocation céleste du lieu est affirmée avec la plus grande autorité. Il est dit que Yahvé s’en servira comme marche-pied lorsqu’il reviendra à Jérusalem dans les temps eschatologiques. Le texte de Zacharie - c’est le chapitre 14 - est très grave. En voici les premiers versets :

Voici venir pour le Seigneur un jour où l’on partagera le butin au milieu de toi, Jérusalem. Je rassemblerai toutes les nations près de Jérusalem pour engager la bataille. La ville sera prise, les maisons saccagées, les femmes violées. La moitié de la population ira en déportation, mais celle qui restera ne sera pas éliminée de la ville. Alors le Seigneur entrera en campagne contre ces peuples-là, le jour où il se battra, le jour de la mêlée. En ce jour-là, ses pieds se poseront sur le Mont des Oliviers, qui est en face de Jérusalem, à l’orient. Le Mont des Oliviers se fendra par le milieu, d’est en ouest, changé en une immense vallée. La moitié de la montagne reculera vers le nord, et l’autre vers le sud. (…) Puis le Seigneur mon Dieu arrivera, accompagné de tous ses saints. En ce jour-là, il n’y aura plus ni luminaire, ni froidure, ni gel. Ce sera un jour unique. (…) Alors le Seigneur se montrera le roi de toute la terre.

On mesure à travers ce récit toute l’importance stratégique du Mont des Oliviers dans la révélation divine. C’est le haut-lieu de l’apparition de Dieu venu combattre les païens, les infidèles et les faux prophètes pour instaurer son royaume. C’est de ce piédestal qu’il se fait reconnaître comme le roi de toute la terre.

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Mantegna - Christ au Mont des Oliviers

Jésus connaissait parfaitement les Ecritures et la Tradition. La place qui est donnée au Mont des Oliviers dans les récits de sa vie n’est pas le fait du hasard. Elle n’est pas anecdotique non plus. Le rôle donné au Mont des Oliviers dans les Evangiles poursuit un seul but : apporter la preuve de la nature divine de Jésus.

Le messie (Jésus), comme il est annoncé dans Zacharie, fait halte au Mont des Oliviers avant de pénétrer dans Jérusalem où l’on sait qu’il s’attaquera entre autres aux marchands du Temple. Il fait de la montagne son marche-pied. Il y reviendra régulièrement pour se reposer et prier. Ici s’affirme le symbole de la montagne comme lieu intermédiaire entre la Terre et le Ciel, tout désigné comme lieu de la manifestation. N’est-ce pas en haut d’une montagne que Yahvé s’est manifesté à Moïse et lui a donné les Tables de la Loi ?

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Mantegna - Christ au Mont des Oliviers

Le Mont des Oliviers est le lieu d’une manifestation, le lieu où se dévoile une Vérité. Atteindre cette montagne a un prix : il faut, pour y accéder, avoir parcouru un long chemin, traversé des déserts de pierre et gravi ses flancs arides et abrupts, un chemin qui ressemble à un cheminement initiatique au cours duquel il faudra avoir fait preuve de courage, de patience et de persévérance.

Le Mont des Oliviers est aussi un lieu de rencontre. Sous la voûte étoilée, les Douze s’y retrouvent autour du Maître pour entendre sa parole, prier et commenter les Ecritures.

Le Mont des Oliviers est un lieu de méditation. C’est sur cette montagne que Jésus s’isole, à l’écart du tumulte, pour prier, c’est-à-dire pour s’entretenir avec le Père, partager avec lui une intimité.

Mais parce qu’il est aussi un lieu de souffrance pour Jésus qui y est arrêté et ses apôtres qui voient leur Maître emmené par ses bourreaux, le Mont des Oliviers est une image de la condition humaine, de l’homme partagé entre sa vocation terrestre, temporelle et son aspiration spirituelle vers Dieu. Il n’est qu’à lire les événements pour s’en convaincre. Tels que rapportés par les Evangélistes, ces événements sont des signes.

Jésus est arrêté dans le jardin de Guethsémani qui est situé au pied du Mont des Oliviers. L’événement de son Ascension, quarante jours plus tard, a par contre pour cadre le sommet du Mont des Oliviers, ainsi qu’il est indiqué dans les Actes des Apôtres où il est précisé que les disciples sont descendus de la montagne après avoir assisté au départ du Christ vers le Père.

Au pied du Mont des Oliviers : la vie terrestre du Christ prend fin dans sa dimension temporelle. Au sommet, commence son ascension spirituelle vers l’Eternité de Dieu.

Lieu de rencontre, de méditation, lieu où chacun est invité à descendre au plus profond de lui-même, dans l’intimité de son Etre, lieu d’élévation enfin : le Mont des Oliviers, plus qu’un symbole, peut être considéré comme la figuration d’un authentique chemin de vie.

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Mantegna - Christ au Mont des Oliviers

Dans le domaine des arts, le thème du Christ au Mont des Oliviers (aussi nommé Agonie au jardin des oliviers ou plus simplement encore, Agonie au jardin) a été traité par un grand nombre de peintres de la Renaissance italienne. Ici, nous avons reproduit le chef d’oeuvre d’Andrea Mantegna (1431-1506). Il existe aussi une très belle représentation dûe au peintre vénitien Giovanni Bellini par ailleurs connu pour la beauté de ses Madonnes.

En littérature, on pense tout de suite au poème Le Mont des Oliviers d’Alfred de Vigny (paru dans Les Destinées) dont voici l’incipit :

Alors il était nuit et Jésus marchait seul,
Vêtu de blanc ainsi qu’un mort de son linceul ;
Les disciples dormaient au pied de la colline.
Parmi les oliviers qu’un vent sinistre incline
Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux ;
Triste jusqu’à la mort ; l’oeil sombre et ténébreux,
Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robe
Comme un voleur de nuit cachant ce qu’il dérobe ;
Connaissant les rochers mieux qu’un sentier uni,
Il s’arrête en un lieu nommé Gethsémani :
Il se courbe, à genoux, le front contre la terre,
Puis regarde le ciel en appelant : Mon Père ! (...)

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