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La vie en rimes

mardi 9 décembre 2014, par Serge Bonnery

L’écrivain Yves Charnet a rencontré Claude Nougaro lors d’un concert de Charles Trénet à Paris et ne l’a plus quitté. Il fait récit de ce compagnonnage dans son dernier livre, Quatre boules de jazz (Nougasongs) paru dans la collection Jazz Impressions des éditions Alter Ego.

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Claude Nougaro, en 1998, au Grand Théâtre de la Cité de Carcassonne - Photo Claude Boyer

Comment s’est déroulée votre première rencontre avec Claude Nougaro ?
Je raconte l’histoire dans le livre. C’était au théâtre Renaud-Barrault à Paris - actuel théâtre du Rond-Point - en 1981, l’année où j’ai obtenu le baccalauréat. Mon cadeau avait été un voyage à Paris pour assister au concert de la tournée d’adieu de Charles Trénet. En première partie, la profession lui rendait hommage. Claude avait chanté Que reste-t-il de nos amours ? J’ai été frappé par sa manière de détacher les mots et de les faire surgir. J’entends encore « les mots tendres... »

Vous l’avez rencontré le soir même, après le concert ?
J’avais réussi à me glisser dans les coulisses, ce qui ne serait plus possible aujourd’hui où tout est surveillé et réglementé. J’ai vu Trénet dans sa loge. Sur scène, il avait été absolument génial. Au bar, Nougaro était en train de payer son whisky. Je me suis approché pour lui faire dédicacer le livre qui lui était consacré dans la collection Poésie et Chansons de l’éditeur Pierre Seghers. Il m’a donné son numéro de téléphone et m’a dit de l’appeler quand je serais à Paris où je devais m’installer pour poursuivre mes études au lycée Henri IV. Je me souviens lui avoir téléphoné de la cabine qui se trouvait dans le vestibule du lycée. Il a décroché et m’a dit : « J’attendais votre coup de fil... »

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez entendu une chanson de Nougaro ?
J’étais au collège à Nevers. Je devais avoir 13 ou 14 ans. J’étais malade, au fond de mon lit, et j’ai entendu Toulouse. La chanson m’a sidéré.

Pensiez-vous écrire un jour un livre sur lui ?
J’y ai pensé souvent, mais je n’ai jamais pu. Nous nous sommes beaucoup fréquentés. Il dégageait une énergie incroyable. C’était écrasant pour un jeune homme comme moi, qui n’étais rien du tout. Dans la vie, il n’arrêtait jamais d’être Claude Nougaro. Il m’a fallu attendre les dix ans de sa mort, non que je sois particulièrement attaché à la date anniversaire, mais il a fallu que du temps s’écoule...

Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture ?
Tout est parti de la commande que m’avait passée Franck Médioni pour son livre Le Tour du jazz en 80 écrivains publié à Céret, aux éditions Alter Ego de Joël Mettay. J’ai écrit un texte sur sa chanson Rimes. Ce texte, c’est Nougaro tout entier. J’aime la vie quand elle rime à quelque chose... Pour lui la rime, c’était la vie.

Vous avez cela en commun ?
Le frottement des mots, des syllabes, est quelque chose qui a toujours été très important pour moi, même si j’écris de la prose. Dans le livre, j’ai essayé de travailler sur ces frottements. Je cite souvent les chansons. Certains passages deviennent de ce fait comme des chansons en prose. Ce que nous avons peut-être en commun, Nougaro et moi, c’est le travail sur la langue, la rime intérieure.

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Photo Claude Boyer

« Il faut tourner la page », chante-t-il. Maintenant que le livre est écrit, est-il temps pour vous de tourner la page Nougaro ?
Pour tourner cette page, il fallait qu’elle fût d’abord écrite. C’est fait. Mais on n’en finit jamais avec Claude Nougaro. Ce livre, qui est aussi celui des disparitions et du temps perdu, est en fait un nouveau rendez-vous...

Mots songs

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Yves Charnet

Yves Charnet est de ces écrivains qui osent prendre les mots non pour ce qu’ils disent mais d’abord pour ce qu’ils sont : des sons. Ainsi va en chansons ce nouvel opus de l’écrivain aficionado qui, après avoir creusé le sillon des ruedos en compagnie du matador Julien Lescarret [1], microssillone sur les brisées de Nougaro. Quelque chose sonne jazz dans l’écriture d’Yves Charnet. Sa prose roule sur des rimes qui sont comme les battements de son cœur. Les mots ont ceci de particulier qu’ils retombent toujours sur leurs pattes. Et quand ils riment avec tant de justesse, ils n’en ont que plus de sens...


Yves Charnet, Quatre boules de jazz (Nougasongs). Editions Alter Ego. 188 pages, 19 euros.


[1Yves Charnet, Miroirs de Julien L. Editions Au diable vauvert.

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