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Un jardin à Florence

samedi 3 août 2013, par Serge Bonnery

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Chapelle Brancacci - Florence

D’où ils viennent, tout est perdu. Une épée les menace, brandie par le prince en toge rouge qui leur indique le chemin. Condamnés maintenant par ce geste d’autorité, condamnés à la nudité, condamnés à l’errance. Où désormais le chemin ?

D’où ils viennent, ils ne garderont plus qu’un souvenir lointain. Une goutte salée dans le creux de la main. Maigre pitance. Mémoire sèche. Comme la pierre blanche où s’étire un lézard au soleil. Une larme et sur leur visage, l’expression de leur effarement.

Florence, une après-midi de mai. Je crois au pays de nos rêves. Chapelle Brancacci. Ce que nous sommes venus chercher, ici, n’est pas le dépaysement. Au contraire. Je crois au pays noir de nos sources errantes. Au-dessus de leurs têtes, la lumière noire de la colère divine. Irradiés d’ire.

Ils ont franchi la porte. Il ne cache pas son sexe mais son regard. Il refuse de voir. Il ne réalise pas encore ce qui lui arrive mais il en manifeste le tragique pressentiment.

Elle se lamente. Elle cache ses seins et son sexe. Les yeux au ciel. On entend venir à nous sa plainte de désespérée. On l’entendra longtemps, la nuit, dans les garrigues. Le craquement des roches blanches dans l’étau de la canicule.

Il est tombé du feu aujourd’hui. Ce soir, nous heurterons le ciel.

Note préparatoire # 1

Je crois au pays de rêve, au jardin d’où nous fûmes chassés, je crois possible d’en retenir quelques arpents. Si peu nous fûmes.

Nous ne nous sommes jamais tant soit peu établis, sinon dans l’errance.

Nous fûmes si peu du monde.

Note préparatoire # 2

Florence. Après-midi de mai. Chapelle Brancacci. Qu’appelles-tu merveille inaccessible ? Le paradis, peut-être, lui répond-il, entre deux silences, en tant que représentation symbolique. De ? L’ailleurs...

... Dont toute création serait à la fois la nostalgie et le pressentiment.

Séquence # 1

Ce que nous sommes venus chercher, ici, n’est pas le dépaysement mais les contours d’un pays qui - peut-être bien - fût le nôtre mais nous n’en saurons rien. Un pays rouge, traversé de un fleuve embelli de ses rives. J’entends encore, quand je me souviens, le clapotis de l’eau sur la contremarche des passerelles.

Note préparatoire # 3

Condamnés à la contemplation / Qui dit la misère où nous sommes tombés, avec quelle complaisance / La contemplation douloureuse de notre solitude

Nous voici nus, abandonnés. Qui sait si nous reviendrons un jour poursuivre avec nos absents une conversation amoureuse... L’été revient et les cris des oiseaux qui piaffent d’impatience, déjà.

Séquence # 2

Ce que nous sommes allé chercher, là-bas, n’est pas le pays. Il ne dit pas son nom. Plutôt, le visage de notre visage. Les prémisses de la naissance dans la contemplation douloureuse de notre solitude. Fragilité de l’instant. Chrysalides, face à une représentation dont le sens est perdu. Où, dans cette forêt, le chemin ?

Note préparatoire # 4

Les contours si fins de leurs traits / Leurs regards devenus familiers au terme d’une conversation intime et amoureuse / Si seuls / Mystère de nos ignorances / Immobiles dans leur châsse / Sans doute fûmes-nous tentés de les prendre en pitié / Cotonneuses reliques / Murmurant un dernier mot / Un fragment de prière / avant le défilé mortuaire des curieux venus par milliers

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