Les cahiers de Serge Bonnery

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A Marseillens

vendredi 21 novembre 2014, par Serge Bonnery

Deux paragraphes en forme de poème en prose, extraits du récit d’un retour sur les lieux de l’enfance à lire en intégralité dans le livre de Joë Bousquet, L’homme dont je mourrai, publié aux éditions Rougerie.

J’examinais en silence les arbres et les ruines, ou les escaliers disjoints qui unissaient les étages de ce parc accidenté, et parfois, j’abaissais une paupière pour enfoncer tous les massifs à la fois dans une clarté plus étroite et plus clause que celle de l’espace. Aussitôt, les sentiers semblaient quitter le sol et courir entre les branches, tout, feuillages et feuilles mortes, s’uniformisait dans la vision monoculaire et montait en surface comme un reflet sur une eau noire : la profondeur du paysage était enterrée dans le poids ténébreux de mon corps.

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La demeure de Marseillens - Photo Gabriel Sarraute (droits réservés)

A travers l’éclatante flambée verte du saule ensoleillé, des espaces vibraient, s’échevelaient : quelque chose y montait de la profondeur minérale afin de se répandre : je croyais, sous l’écorce de l’arbre entendre bruire un jet d’eau. Visiblement, l’arbre et le rayon venaient d’abîmes également éloignés, pour se découvrir mutuellement un coin fleuri de la clairière, et mes yeux étaient les témoins de cette étreinte, me faisaient le regard qui doutait d’elle. C’est parce que je n’avais voulu connaître que moi que mon regard, jusqu’à ce jour, m’avait abusé.


A lire aussi sur L’Epervier Incassable : Retour à Marseillens, une lecture du souvenir d’enfance chez Joë Bousquet.

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