Les cahiers de Serge Bonnery

Accueil > Poésie/s > Joë Bousquet > Regards > Jacques Roubaud se souvient

Jacques Roubaud se souvient

dimanche 16 novembre 2014, par Serge Bonnery

Lors de la parution des Lettres à une jeune fille (éditions Grasset) - correspondance jusqu’alors inédite de Joë Bousquet - Le Figaro a demandé un article au poète Jacques Roubaud.

Originaire de Conques-sur-Orbiel, dans l’Aude, Jacques Roubaud a visité Joë Bousquet plusieurs fois dans sa chambre du 53 rue de Verdun à Carcassonne.

Joë Bousquet entretenait des liens avec son père, Lucien Roubaud, qui fut l’un des chefs de la Résistance dans le département de l’Aude.

Au début des années 40, Jacques Roubaud n’était qu’un enfant. Il se souvient :

« Je suis entré pour la première fois dans cette chambre, rue de Verdun, à Carcassonne, en 1943. J’accompagnais mes parents. J’avais dix ans. La pièce était pleine d’ombre, et de blancheur. Les paroles saturées de silence. Comme la chambre de ma grand-mère, quand elle était malade. Mais le poète Joë Bousquet, étendu là, ne l’était pas. Mon père me l’avait expliqué : la guerre, la Grande Bouchère, celle de 14, l’avait tué, mais n’avait pas réussi d’un seul coup. Elle l’avait laissé immobile, et dans la douleur. Quand vint le moment de partir, le gisant me fit signe d’approcher. On lui avait dit que j’écrivais des vers. Il me tendit un livre, qu’il me prêtait. C’était, je crois, une revue, où se trouvaient des haïkus, comme je l’ai reconnu plus tard quand j’ai découvert la poésie japonaise. À l’époque, pour un lecteur d’Hugo, c’était trop étrange. J’ai rendu le livre quelques mois plus tard et je suis reparti avec un autre, que j’ai appris par cœur : Le Collier de griffes, de Charles Cros. Mais je ne suis jamais revenu dans cette chambre. À la fin de 1944, mon père, en tant que président du comité de libération du Languedoc, a été nommé par le général de Gaulle à l’Assemblée consultative. Nous avons quitté Carcassonne et je n’ai jamais revu Joë Bousquet. En 1947, il m’a envoyé La Connaissance du soir , dont j’ai appris plusieurs poèmes. »


Le texte complet de Jacques Roubaud est disponible sur le site du Figaro.

A propos des Lettres à une jeune fille sur L’Epervier incassable

< >

Forum

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.