Les cahiers de Serge Bonnery

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Esquisses sévillanes

samedi 14 septembre 2013, par Serge Bonnery

pour Jean-Michel Mariou

Ces chansons sévillanes ont été écrites en 1998 après un premier voyage à Séville. Premier voyage, premières impressions qui toutes demeurent. Intactes. En mémoire. Je les donne ici avec une pensée amicale pour le plus sévillan des languedociens que je connaisse, mon ami Jean-Michel Mariou, auteur d’un magnifique livre sur ses périples ibériques - Ce besoin d’Espagne - aux éditions Verdier.

Lecture de Rafael Alberti dans un jardin de Séville

Le poète chante pour les enfants d’Extremadura

"Ils ne savent pas les noms des étoiles"

Dans les jardins de Séville vont les Sévillans, marchant, fumant cigarette sur cigarette - des Ducados, paquets vêtus de bleu et blanc - dormant vont les Sévillans dans les jardins de la ville

"No saben los nombres de las estrellas"

Et les arbres, nul ne les a jamais comptés dans ce parc ni les feuilles au sol s’envolant. Des enfants jouent (ils arborent des fleurs fanées sur les joues) ce ne sont pas des enfants d’Extremadura parce qu’en Extremadura les enfants tout simplement ne jouent pas. "Ils sont sérieux" dit le poète. Les autres jouent avec la terre du jardin, les enfants de Séville jouent sous les yeux de leurs mères attendant. Qui est le voleur de jeu des enfants d’Extremadura ? Pour qu’ils n’aient pas de terre sur les joues

"Quien fue el ladron de sus juegos"

Les jardins pourtant ne sont la propriété de personne

Miroir de l’eau

Avec quelle idée avances-tu ? Tu dois avancer vers le miroir que forme la surface de l’eau et, te regardant, essayer de comprendre, traverser les rides et demander à ton visage à quelle heure ton corps devrait s’allonger et cesser de respirer pour voir la mort comme la frôlent dans l’arène - un souffle de sang noir près de l’épaule - les matadors de toros parfois

Dans le quartier Santa Cruz

Ton âme est vague et triste. Elle a les yeux des balcons verts du quartier Santa Cruz. Ton âme - pauvre âme - a la blancheur des façades, les rues blanches, l’âme blanche. Il ne faut plus pleurer maintenant que le soleil annonce le retour des fleurs aux balcons du quartier Santa Cruz. Maintenant que le fleuve apaisé va remonter vers d’autres sources, plus profondes, plus mystérieuses. Dans le miroir de l’eau

le miroir de l’eau

Te voici incapable de suivre du regard les ombres disparues derrière la porte. Les rues de Séville se perdent dans un dédale de rues. Et tu t’en vas, âme secrète - pauvre âme - derrière le monde où plus rien n’est nommé, où nul ne connaît plus les noms des étoiles.

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