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"La personne ne se réduit pas à son corps"

samedi 11 octobre 2014, par Serge Bonnery

Sur son site AuxBordsDesMondes, Isabelle Pariente-Butterlin publie sous le titre « Comment penser la personne à travers le changement ? » sa communication au worshop « Corps individuel, corps collectif : quelle subjectivité dans les pratiques de transplantation ? », organisé à l’université Paris VII-Diderot, Centre Georges Canguilhem.

Le propos pose la question : « Restons-nous la même personne si nos propriétés changent ? ». Rapporté au problème clinique de la transplantation d’organe : suis-je toujours la même personne si des éléments qui la composent subissent un changement ?

« Aucun être humain ne peut perdre des propriétés qui font qu’il cessera d’être un être humain, quand bien même il cesserait d’être conscient au point d’ailleurs que, même mort, il continue pour nous de n’être pas un objet comme un autre de ce monde », écrit Isabelle Pariente-Butterlin. (Je souligne).

Que dit Pascal au sujet des changements qui peuvent affecter une personne ? « Que les propriétés qui particularisent notre substance ne sont pas les nôtres car nous pouvons les perdre sans cesser d’être nous ». Rapporté à la question des organes qui nous constituent, Pascal indique clairement que ces organes ne sont pas nous. Nous ne sommes pas les seuls à en être dotés. Tous les représentants vivants de l’espèce humaine sont dotés des mêmes organes vitaux. Ce ne sont pas ces organes qui nous caractérisent et font de chacun de nous un être singulier.

Je trouve lumineux, dans le propos d’Isabelle Pariente-Butterlin, l’exemple - si j’ai bien compris très connu dans le milieu philosophique. Pour ma part, je l’entends ici formulé pour la première fois - du petit garçon et du vieux général. Voici résumé :
1 - il est difficile de reconnaître, sous les traits du vieux général, le petit garçon qu’il a été.
2 - les propriétés du petit garçon et du vieux général ne sont pas les mêmes (le petit garçon a des cheveux longs, le vieux général est chauve, le petit garçon est chétif, le vieux général a de l’embonpoint, le petit garçon est imberbe, le vieux général porte la barbe etc...)
3 - Néanmoins, le petit garçon et le général sont une seule et même personne.

Cela signifie que les propriétés changeantes qui agissent en nous et nous transforment n’affectent pas la personne que nous sommes. Isabelle Pariente-Butterlin le formule de manière limpide : « La personne n’est pas une unité biologique entièrement déterminée par son corps ». Je prolonge : nous sommes autre chose que le corps qui nous constitue. Cela me renvoie immédiatement à la manière dont Joë Bousquet est parvenu à surmonter sa blessure : en expulsant son corps de sa dimension physique pour le transformer par l’alchimie du Verbe (la poésie) et le porter dans une dimension métaphysique au sens étymologique du terme, soit par-delà le physique.

« La personne ne se réduit pas à son corps », écrit Isabelle Pariente-Butterlin. On ne saurait mieux dire.

Je cite Isabelle Pariente-Butterlin à la conclusion de sa communication : « La conception de la personne que propose Lyne Rudder Baker permet de comprendre en quoi la personne n’est pas une unité biologique entièrement déterminée par son corps. Elle existe avec ce corps, elle est constituée de ce corps et peut être détruite par la destruction de ce corps. Mais il n’en demeure pas moins que le corps peut continuer d’exister alors que la personne est détruite ».

La personne n’est pas une unité biologique entièrement déterminée par son corps : comme dit plus haut, cela s’entend. Je l’entends.

La personne (est constituée de ce corps et) peut être détruite par la destruction de ce corps. J’en doute. Cela en effet ne présuppose-t-il pas que l’existence de la personne soit subordonnée à l’existence de son corps ? Et que, le corps pouvant « continuer d’exister alors que la personne est détruite », le pouvoir de ce corps serait supérieur à la personne qu’il constitue ? Sorte de primat du corps sur la personne et qui, pour le coup, réduirait de manière radicale la personne au corps qui la porte.

Si tel était le cas, Joë Bousquet aurait échoué dans l’entreprise qui consista à sauver sa personne (son Etre) en l’extirpant de son corps. A le penser, son Etre, à partir de son corps, je l’entends, mais dans la perspective de l’en arracher. Avait-il d’autre choix ?

Il y a chez Joë Bousquet la manifestation violente de l’arrachement qui fait penser à l’expulsion du foetus au moment de la naissance (qui fut pour lui un traumatisme). Mais on rencontre aussi chez lui la volonté de sublimer le corps dans l’amour, une manière de le dépasser afin de situer l’Etre dans un horizon illimité où les corps non plus se confondent mais se dissolvent dans une unité (l’androgyne).

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