Les cahiers de Serge Bonnery

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Essais de 2001

samedi 21 septembre 2013, par Serge Bonnery

Intermodulation

On a voulu ne pas brusquer les choses, laisser venir à soi On a regardé à droite, puis à gauche et entrepris la traversée avec prudence Rue : dalles glissantes quand il pleut, bac à fleurs, poubelle, grille, bitume, grille, présentoir de cartes postales, terrasse, terrasse de café avec tables rondes et chaises autour, lampadaire, cabine téléphonique, grille, bitume, grille, présentoir de journaux, titres du matin en attendant le soir, affichettes, unes agrandies des magazines, lampadaire, grille et bitume et va, lentement, s’enfoncer dans le noir

Qu’y a-t-il de l’autre côté ? Et qu’allons-nous trouver qu’on ne sache ? A quoi bon si en face et ici se ressemblent

Ce n’était pas à s’y tromper mais presque

Mêmes visages, mêmes voix Il n’y a que le chant qui change, celui plus aigu qu’on entend maintenant et rebondit contre le mur Ils en recevront bien l’écho, en face (qui est le côté d’où l’on vient maintenant) On a écouté Intermodulation, le piano de Bill Evans et ses phrasés en forme d’hippocampe par où le ciel croît derrière la fenêtre qui donne sur

Personne n’a frappé à la porte et le soleil tombant va, lentement, s’enfoncer dans le soir

D’une autre rive

Au bout du chemin l’autre rive celle que nous rêvons un jour d’atteindre mais la peur nous étreint tant le froid mord dans l’eau tumultueuse des torrents quand ils grondent, rongent, dévalant les pentes, cris, heurts des pierres assourdissant au milieu des mille montagnes dont nous voudrions épuiser les détours

À l’autre bout du chemin où s’accumule jour après nuit nuit après jour tout ce que nous avons négligé d’accomplir quand nous étions vivants des arbres arrachés déchiquetés n’ayant plus forme humaine ce sont ces ombres-là que l’eau roule dans la rivière en crue formant embâcles au milieu desquelles il est impossible d’évoluer d’avancer même pas à pas en s’aidant de ses mains comme le font les singes sans risquer le déséquilibre la chute l’ensevelissement et peur alors que rien ne vienne plus ni trace de l’autre rive où respirer l’air pur est demeuré un rêve

Par quel détour faut-il souhaiter le gué attendre la fin de l’hiver la descente des eaux vers la plaine prendre patience que neiges fondent attendre la fin de l’hiver au soleil et la montée des cimes

Sur l’autre rive à l’autre bout vraiment de nous-mêmes ne savons ce qui nous attend des voix amies des visages amis des fantômes ou chercher le passeur s’il vit encore mais le dernier je crois s’est endormi quelques villageois se souviennent sa barque disparue depuis il reste si peu du ponton qui tenait lieu d’embarcadère

L’ayant atteinte l’autre rive à grandes brassées d’une nage enragée souffler un peu reprendre pied sur une terre ferme et respirer l’air pur combien ainsi de traversées plus ou moins solitaires combien de fois la vue perdue de ce que l’on croyait tenir dans sa main

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