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Pour l’amour de Chopin

mardi 24 juin 2014, par Serge Bonnery

Laure Favre-Kahn est pianiste, brillante jeune représentante de la nouvelle école française. Frédéric Chopin est son compositeur de prédilection (elle en donne les raisons au cours de l’entretien. Mais elle a aussi un goût particulier pour la danse, ce genre trop souvent considéré à tort comme léger et non savant car servi par les plus grands compositeurs. Conversation avec une artiste rare.

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Photo Caroline Doutre

Vous avez déjà réalisé pas moins de onze disques. Enregistrer est important dans une carrière ? L’enregistrement fait partie du métier. Il permet de fixer le travail. Un disque ça reste. Quand on les met bout à bout, ils per- mettent de saisir l’évolution vers une maturité.

Vous avez beaucoup enregistré en public. Pourquoi ? C’est la vocation du label - Transart live - d’enregistrer des concerts. J’aime cette ex- périence, le fait de capter l’élément dans lequel on se trouve au moment du récital. En public, il y a de la fébrili- té. Vous êtes traversé par une énergie, des vibrations. La prise de risque est impor- tante parce que c’est elle qui permet la remise en ques- tion. Notre métier exige la re- cherche perpétuelle d’une évolution.

Parmi vos compositeurs de prédilection, figure Frédéric Chopin. Qu’est-ce qui vous lie à ce musicien ? C’est comme un confident. Chopin est le compositeur avec lequel je me sens libre. Il m’accompagne depuis mon enfance. Je travaille beaucoup d’autres musiciens, mais Chopin est toujours à mes côtés. Je me sens bien dans son écriture et dans son histoire personnelle. Il nous parle et quand on interprète sa musique, il nous parle à travers elle. Avec Chopin, il me semble que je vais plus loin dans la confidence que j’adresse au public en jouant. Chopin me permet de me dévoiler davantage, de me confier plus intensément.

Vous avez aussi enregistré des compositeurs moins connus que Chopin, comme Reynaldo Hahn ou l’ Américain Louis-Moreau Gottschalk...
En fait, ces disques étaient des commandes. Je ne connaissais pas du tout Gottschalk et découvrir sa musique a été une belle expé- rience. Il a un jeu très agréa- ble. Sa musique est enlevée, festive. De Reynaldo Hahn, je n’avais entendu que des mélodies. Et là encore, la découverte de ses œuvres pour piano a été un enchante- ment. Je trouve intéressant de remettre en lumière des compositeurs oubliés.

A côté d’œuvres complexes et savantes du répertoire, on sent chez vous un penchant pour la danse et le piano festif. Pourquoi cette attirance ? Parce qu’il est bon de répon- dre à l’attente d’un public qui n’est pas forcément consti- tué que de mélomanes aver-
tis mais qui ne demande qu’à découvrir la musique. La dan- se est un genre illustré par de nombreux compositeurs. C’est un répertoire qui offre une grande diversité et offre une belle porte d’entrée dans l’univers du piano.

Vous aimez rappeler votre attachement à l’expression « jouer du piano ». Le plaisir est une notion importante à vos yeux ? La vie d’un pianiste est faite de sacrifices. Le plaisir est donc essentiel pour durer dans ce métier exigeant. Il faut trouver du plaisir à jouer du piano quand on est enfant car l’apprentissage est diffici- le. Puis quand on devient adulte, il y a plus de pression et de concurrence. Le jeu et le partage sont d’autant plus importants que les objectifs sont plus durs...


Cet entretien a été réalisé à l’occasion du récital de Laure Favre-Kahn en ouverture du festival Piano en Fête de Collioure le vendredi 27 juin 2014.
Biographie, discographie, concerts : plus d’informations sur le site internet de Laure Favre Kahn.

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