Les cahiers de Serge Bonnery

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Après le Tramway

mardi 22 avril 2014, par Serge Bonnery

pour Maria

Nous avons marché dans les pas du tramway. Arpenté les rues de la ville. Marché dans les pas du. Au loin on aperçoit des grilles. Dans les pas du nous avons marché.

Derrière les volets on aperçoit des grilles. Et les vignes tombant dans la mer.

Nous nous sommes assis. Il n’y avait pas d’ombre. Juste un reflet bleuté. Les vignes dans la mer. Une lumière tamisée. C’est étrange, il n’y avait pas d’ombre. Nous nous sommes assis dans le bleu de la mer. Pas de volets. Pas de volets ni d’ombre. C’est étrange. Nous nous sommes assis dans la mer.

Quelques chaises. Pas d’ombre. Nous nous sommes assis devant un grand mur blanc où défilaient des images. Dans les épaisseurs de l’obscur, nous entendions des voix. Tôt, le matin, un cri déjà. C’est étrange. Ce grand mur blanc où défilaient des images. Il n’y avait pas d’ombre. Juste un cri, déjà tôt, le matin.

Une cheminée de marbre. Quelques chaises. Un vase à la fenêtre dans l’étouffante immobilité de l’air. C’est une fin d’été. Il fait plus chaud qu’hier dans les maisons et l’on a sorti la chauffeuse dans laquelle une mère se meurt.

La cheminée de marbre demeure dans la transparence étouffante d’un vase d’air.

C’est une fin d’été mais il fait encore chaud dans ces opulentes maisons de campagne aux murs tapissés de rideaux épais, rideaux de grosse toile, le plus souvent mal attachés, et qui volaient au vent. Il ne fait pas tout à fait noir. Ce n’est pas la nuit. Seulement une fin d’été. On a posé des filtres bleu nuit sur les fenêtres pour tamiser la lumière.

Les enfilades, les corridors sans fin, comme les étés, sans fin les corridors et les escaliers en colimaçon, les vignes dans la touffeur, les vignes tombant dans la mer. Il fait bleu. La chaleur monte. Au balcon, l’été ne finit pas. On a posé des céramiques tout le long de longs couloirs et de sanglots sans fin.

Entre les grilles, on voit un lit défait devant un mur de briques. Une suite de portes entrouvertes sur la réalité qui fuit à grandes enjambées vers la mer. Et sous le vent la vague qui s’obstine. En attendant la rame.

Et puis, les voix. Lointaines. Il y a peu, ça roulait encore, dit l’une. Une autre parle des mas et raconte la vigne. Aloès, Carcassonne, Simon. La liberté d’aller, de venir, de la ville à la plage et vice-versa. Des sacs par ci. Et au-delà, les vignes dans la mer. La cigarette du wattman. Ca roulait encore, il y a peu. Du gris dans du JOB transparent. Et le cri gris sourd du tramway. Pa-pou. Au petit jour. Plusieurs fois. Ca laissait aux enfants le temps de courir. De courir, au petit jour, dans le bleu de la mer.

Nous nous sommes assis dans le fauteuil numéro 154. C’est étrange, ce numéro, dans l’arrondi du dossier de bois. Un bleu opale tient lieu de nuit. Comme au cinéma.

Même s’il y a peu, nous marchions dans les pas du tramway, même s’il y a peu, ça roulait encore, les rails couverts de rouille ont disparu maintenant. Ce sont des lignes de temps rectilignes qui s’étirent sous le vent. C’est étrange. On a posé des filtres bleus sur les fenêtres pour tamiser la mer.
Seules demeurent des toisons de lierre et
quelque chose de plus dans la soupente, se superposant, bleu nuit, s’avançant dans l’obscur feuillage des branches, derrière la fenêtre,
quelque chose dans le feuillage comme des baladeuses oscillant et le coup de sifflet du tramway dans le vent,
quelque chose de plus que l’été
dans l’avant
quelque chose
de plus que le vent
dans un regard d’enfant.


Ce texte a été écrit après une visite de l’exposition de Maria Moutot « Le chemins du tramway en repérages », lecture photographique du roman Le Tramway de Claude Simon présentée du 9 au 20 avril 2014 au Centro Espagnol de Perpignan.

A lire aussi sur L’Epervier Incassable : un entretien avec Maria Moutot sur son projet d’exposition et sa lecture de Claude Simon / Le Tramway, poème méditerranéen

Autres ressources sur L’Epervier Incassable : le feuilleton Claude Simon.

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