Les cahiers de Serge Bonnery

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Traduire

lundi 10 mars 2014, par Serge Bonnery

Comme souvent, cela se passe la nuit. Dans l’attente du matin. Le silence. Ou musique vocale - le plus souvent, polyphonies du Moyen Age ou de la Renaissance - en sourdine. Juste pour le rythme. La scansion du temps.

Traduire est une envie ancienne. Les poètes. Traduire des poèmes pour se tenir au plus près des mots qui le composent. Bel m’es qu’ieu cant… Il me plaît de chanter avec Raimon de Miraval. Mais pour y parvenir, nécessité de se porter à hauteur de ce chant. Le seul chemin qui y conduise passe par les mots. Par les mots seuls. Quoi d’autre, dans le poème ? Le ton ? Ce sont les mots qui le donnent. Le chant ? Encore les mots qui…

Traduire les troubadours, donc. Pour se tenir au plus près de leur langue. Fouiller dans les lexiques - l’irremplaçable Raynouard, bible des philologues romans - pour trouver la nuance. Car traduire, c’est trouver. Je remarque qu’il faudrait parfois une phrase entière en français pour saisir le sens de deux/trois mots de leur langue. Un exemple en passant :

Ja non cre qu’ab lieis parei / Beutatz d’autra dompna maisJe ne crois pas que pareille à la sienne / La beauté d’une autre dame soit… (du mot à mot, quasiment). Nelli traduit : Je ne crois pas qu’à côté de la sienne / La beauté d’aucune autre dame puisse paraître avec plus d’éclat… Déjà, il doit développer le sens du second vers pour souligner la comparaison qui s’établit de l’un à l’autre entre la beauté de La Dame et celle d’une autre qui ne l’égale pas. On pourrait aussi dire : Je ne crois pas qu’au monde / Une beauté égale la sienne… C’est plus interprétatif. J’ai opté pour : Elle est au monde / D’une beauté sans égale... En espérant humblement être demeuré au plus près du sens, dans le cœur des mots, ce qui résonne en eux et qu’ils ne disent pas littéralement, leur for intérieur.

Traduire, je voudrais que ce (ne) soit (que) cela. Trouver la nuance. Se situer dans le for intérieur des mots. Loger, vivre, comme le bernard l’hermitte, dans la coquille des mots. Entre les lettres qui les composent. Et demeurer là. A l’écoute des tintements. Des cliquetis. Sensible aux frottements. Aux nuances. Au glissé du sens. Aux mots bougeant, se déplaçant, à leurs miroitements.

Aux mots vivants en attendant le jour.

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