Les cahiers de Serge Bonnery

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De mon Iphone # 25 février 2014

mardi 25 février 2014, par Serge Bonnery

Nous parcourions les chemins à bicyclette, toi sur un vélo d’adulte. Je te précédais toujours sur ma petite bicyclette d’enfant. Tu disais que c’était plus prudent. Et quand un véhicule s’approchait, tu posais pied à terre. Tu exigeais que je fasse de même car, à vrai dire, je tenais à grand peine l’équilibre sur mon vélo tremblant.

Nous atteignions une terre aride où la vigne luttait. Les ceps noueux m’effrayaient. Leurs bras tordus désignaient un horizon improbable. Ils avançaient vers moi avec l’intention de me dévorer. J’entendais les cris des mourants du Maïdan s’arrachant à la pierre qui craquait sous nos pas. On distinguait les toits du village, au loin, certains de tôles rouillées, d’autres de tuiles rouges. Le vent soufflait aux tempes des pestiférés.

Je venais de relire quelques pages de l’Enfer et j’avais été frappé dès les trois premiers vers. J’étais, moi aussi, me disais-je, ainsi que Dante, dans une forêt obscure, selva oscura, perdu, nel mezzo del cammin, au milieu du chemin de ma vie. Celui qui conduisait à notre jardin traçait dans le ciel une ligne dominée par la montagne. J’ étais retourné, seul, sur notre lopin, le lendemain de ta mort. Le jour, dans mon regard, avait la profondeur de la nuit. Je n’y suis plus jamais revenu. J’aurais aimé m’enfouir en terre. Sous les ciels tourmentés.

A l’ombre d’un amandier, près du vieux puits, nous demeurions parfois des heures à écouter la musique du vent dans les feuillages. La phrase, interprétée au violoncelle, qui ouvre l’Elégie de Gabriel Fauré me rappelle aujourd’hui ce moment de l’enfance. C’était - celle que susurrait le vent - une longue phrase, comme la plainte d’un mourant. Le murmure d’un ange à l’oreille de l’enfant blessé.

Avec des mots extraits de Le Temps d’un Jardin aux éditions Le Temps Qu’il Fait.

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