Les cahiers de Serge Bonnery

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lundi 17 février 2014, par Serge Bonnery

Claude Massé, l’homme liège. Entretiens avec le créateur des Patots, aux éditions Trabucaire. Juin 2016.

Extrait :
Au point d’ancrage de l’image et du verbe, Claude Massé polit, découpe, entaille. Le collage, qu’il soit sur papier ou sur liège, est pour lui l’équivalent d’un travail d’écriture. A partir d’un regard échangé, d’une impression, d’un mot cueilli au hasard, dans la rue, à la terrasse d’un café ou au cours d’une conversation amicale : dire le monde...
A lire aussi : la rubrique Claude Massé sur l’Epervier Incassable.

Revers du réel (poème sur Pierre Soulages) aux éditions La Porte, collection Poésie en voyage, décembre 2001.

Extrait. Lors je m’en vais
la terre est nue

lors je m’en vais sur une terre nue
comme l’aveugle dans sa nuit pauvrement
cela n’a pas de nom
lors je m’en vais

comme l’aveugle je m’en vais
je n’entends rien de vos paroles
est-ce l’écho ce bruissement
imperceptible de la source ?
j’habite ma nuit pauvrement

Une patience (récit). Editions de l’Amourier, collection Toth, printemps 2003. Couverture : peinture de Martin Miguel. Disponible sur le site de l’Amourier.

Extrait. Avant chaque nouvel assaut, le matricule 216 s’approchait de son cheval squelettique et caressait sa crinière. Il revoyait alors celle, généreuse, de son Bijou. Là-bas, dans son Midi natal, ils partageaient le bonheur de ne former qu’une seule et même personne.
Tous les matins, ils partaient côte à côte en direction des vignes. De la fenêtre, elle leur adressait un signe de la main en les regardant s’éloigner. Ils disparaissaient, empruntant le même chemin, lui, un sac sur l’épaule garni d’un copieux déjeuner (un litre de vin, une livre de pain, un oignon frais, un morceau de jambon) et lui, cheval de labour courageux et fidèle, secouant sa tête et s’ébrouant joyeusement, s’échinant toute la journée, buvant au seau de grandes gorgées d’eau, bruyamment.
Et ses vignes, que devenaient-elles tandis qu’il bataillait à Notre-Dame de Lorette ? Et son cheval ? Et tous les siens ?

Entrer dans la parole (poème à Bernard Noël) aux éditions La Porte, collection Poésie en voyage, mai 2003.

Extrait. Figurons des naufrages
coulées de mots à travers nous

Perdus, les mots errent
leur futur fait silence

La douleur de nous
séparés
tombe
sur le froid du monde

Le temps d’un jardin (récit). Editions Le Temps qu’il Fait. Collection Lettres du Cabardès dirigée par Jean-Claude Pirotte. Printemps 2004.

Extrait. Le pays noir où je suis né a fait mystère de son ombre. Je garde souvenir de ses odeurs quand je demeurais coi, dans l’arrière-cuisine, observant les allées et venues des femmes affairées aux fourneaux. C’était les jours de grande fête.
Le ciel que je contemplais de la fenêtre de ma chambre avait la profondeur de la mer. J’aimais les soirs cotonneux de l’automne, quand la bruine dépose un voile sur la nuit. Le temps glissait sur les vitres, en gouttelettes d’étoiles qu’un rayon de soleil absorbait.
Toute ma vie était tendue vers le désir de retrouver la trace de tes pas dans le jardin en friche aujourd’hui et où j’avais appris de toi des gestes essentiels : comment manier une pelle, une pioche, un râteau, sentir la terre entre mes doigts, la retourner.
Lorsque nous partions en promenade, je marchais derrière ta silhouette de vieil homme claudicant. Je posais mes pas dans les tiens. La lune était encore ardente dans le jour qui ralentit sa course en été.
Je serre contre moi ce monde enfoui. J’en ai épousé les contours. J’habite un pays noir, de silence et de deuil, dont la mémoire gît dans les garrigues, entre des cistes et des cyprès.

Le jardin sous le temps (poèmes). Les Cahiers du Museur. Collection Mano a mano. Livre d’artiste avec Anne Slacik. 11 exemplaires manuscrits et numérotés. 2005.

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Le jardin sous le temps - avec Anne Slacik - collection Mano a Mano aux Cahiers du Museur d’Alain Freixe

Extrait :

Dialogue du néant et du sensible (poème). Livre d’artiste avec des bétons sculptés de Martin Miguel. 26 exemplaires numérotés. 2005.

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Dialogue du néant et du sensible - Avec des bétons de Martin Miguel - Chez l’auteur

Extrait

Les roses noires (récit). Editions de l’Amourier, collection Toth, hiver 2006. Couverture : photo de Roman Bonnery. Disponible sur le site de l’Amourier.
Extrait. Appuyé à la rampe de l’escalier, je regarde Marie. Elle part ce matin. Je reste. Mon regard ne croise pas le sien.
Le hall du deuxième étage, celui qui donne accès aux quatre chambres de la maison, est habillé de noir. Marie part vers la lumière. Je reste dans la pénombre.
Il y avait la chambre de Marie, donnant sur le jardin d’où l’on voit encore le clocher du village, un clocher fortifié, massif, construit pour résister à l’épreuve du temps. Il y avait la chambre de Jean et la mienne, dont les fenêtres ouvrent sur la rue des jardins, protégées du soleil par un tilleul centenaire. Et la chambre vide, dont les occupants sont morts, depuis déjà longtemps.
J’observe la main de Marie glisser le long de sa jambe et se poser sur la poignée de la lourde valise où elle vient d’enfermer ses effets, ainsi que les objets accumulés sur sa table de nuit et le dessus de sa commode.
Que puis-je faire d’autre qu’observer ? Marie part. Je reste à l’écart.

Abécédaire (poème). Supplément à la revue Travioles avec des illustrations d’Amino. 2008.
Extrait. A ube roue prometteuse d’avenir incertain.
Berceau premier regard sur une enfance inerte.
Des passants étoilés défiaient le Chemin montant
(...)
Marelle suite utopique de carrés blancs sur fond noir
(...)
Vol un oiseau va sans lire
(dans la) Zébrure d’un ciel décimé

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Supplément à la revue Travioles - Abécédaire avec des illustrations d’Amino

Les cathares. Avec Patrice Cartier (photographies et iconographie). Editions De Borée. 2010.
Extrait. Vu de Rome, rien ne va plus. Le pape Innocent III a juré ses grands dieux qu’il consacrerait son pontificat au renforcement de la Sainte Mère l’Eglise dont il a la charge. Son obsession consiste à remettre de l’ordre dans sa boutique, ramener dans le troupeau les brebis égarées et, au besoin, mais le besoin est devenu urgente nécessité, de faire la chasse à l’hérétique, l’éradiquer afin qu’un seul et unique dogme domine enfin dans toute la chrétienté : celui de l’église de Rome.
Dans les Etats du Languedoc, on n’entend pas le message d’Innocent III de cette oreille. Son prêche, celui que relaient dans leurs paroisses ses prélats les plus zélés, ne reçoit plus l’accueil attendu. De plus en plus d’hommes et de femmes de ce pays parmi lesquels, déjà, des seigneurs et leurs vassaux, sont attentifs à une autre parole, croient en un autre dieu, celui des cathares.

Epithalame (poème). Livre d’artiste avec des peintures originales d’Anne Slacik. Editions de Rivières. 18 exemplaires. Décembre 2011.

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Epithalame - Avec Anne Slacik - Editions de Rivières

Hallucination éparse du nombre (suite poétique à partir du Coup de dé de Mallarmé). Livre d’artiste avec des interventions de Sylvère. Editions de Rivières. 18 exemplaires. Juin 2012.

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Hallucination éparse du nombre - livre d’artiste avec Sylvère aux éditions de Rivières

Tryptique pour Claude Simon (tentative de reconstitution d’une lecture des Géorgiques). Editions Llibre d’arts, collection Piscolabis. Octobre 2013.
Extrait. Il n’y a pas de hasard. Les Géorgiques arrive à point nommé dans l’œuvre de Claude Simon. 1981. Quatre ans avant le prix Nobel. Forte de l’expérience accumulée dans l’élaboration minutieuse des livres passés - Le Vent, L’herbe, La route des Flandres, Le palace, Histoire, La bataille de Pharsale, Les corps conducteurs, Triptyque et Leçon de choses - l’écriture atteint son apogée (comme on dirait d’un massif montagneux son point culminant) dans ce texte polyphonique - en mouvement - qui a exigé de son auteur six ans de labeur - « pensez, je vous prie, que Les Géorgiques représente pour moi (et pour Réa qui m’a tout ce temps soutenu) six ans de travail, de doutes, d’interrogations... » - ce texte, donc, bâti selon une architecture jamais encore conçue en littérature, une audace jamais osée (mais Claude Simon ne répugnait pas au risque), à savoir l’entrecroisement de trois histoires situées dans trois périodes distinctes de l’Histoire, celle de l’ancêtre LSM - régicide général d’Empire -, celle d’O. - engagé volontaire en Catalogne sur le front antifasciste de la guerre d’Espagne - et celle, enfin, d’un sacrifié - cavalier emporté avec son régiment dans le tourbillon de la débâcle de 1940 -, trois histoires dont l’entrelacs provoque l’implosion du temps historique et, tissant la toile d’une intemporalité singulière, libère le chant du monde.

A la frontière (texte en prose). Livre d’artiste avec une photo de Roman Bonnery.
21 exemplaires pour Les Cahiers du Museur d’Alain Freixe. Mai 2014.
Extrait :
Un rayon de soleil perçait sous les nuages. J’avais tiré une cigarette de la poche intérieure de mon manteau. Le bourg, dont je n’apercevais que les toitures, était enveloppé dans une couverture de ouate. Un sentiment d’abandon l’habitait.

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Retirada - Collage de Claude Massé

Retirada (poème). Livre d’artiste avec 21 collages originaux de Claude Massé.
21 exemplaires pour Les Cahiers du Museur d’Alain Freixe. Octobre 2014.
Extrait :
Celui qui te salue
ceux-là qui te supplient
ces trois qui se demandent
et ne comprennent pas
certains
hélas...

La nuit vient (poème). Livre d’artiste avec trois photos de Roman Bonnery au format d’une boîte d’allumettes dans la collection Fireboox de Voix éditions, une création originale de Richard Meier. Mars 2015.

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