Les cahiers de Serge Bonnery

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De mon Iphone # 16 février 2014

dimanche 16 février 2014, par Serge Bonnery

Arrêt (sur image)

Et toujours, comme un rituel, le regard qui se pose non loin d’où demeura Claude Simon. Salses-le-Château, passage obligé pour aller vers. Arrêt du regard sur l’image de la forteresse où Roland Allard photographia l’écrivain marchant sous le vent, emmitouflé dans son blouson de cuir noir, mains aux poches, le pas alerte, l’allure vive. Je ne sais ici pas (vraiment) ce qui me retient. Sinon les mots. Et la photographie. Quoi d’autre ?

Effet de flou sur l’étang

On vit sur une berge. Assis. A regarder vers où l’oeil ne s’arrête. Sinon la crête. L’horizon. Vers l’ultime visible.
On vit sur berge. Dans le sensible et le mouvant. Sous l’effet de la vigne vierge. On ne peut rien contre le temps.
On vit dans le tremblé de l’instant. En surface.

L’heure venue

D’aussi loin que je me souvienne, lorsque nous sortions nous promener le dimanche, nous longions un jardin public dont les ombres portaient le deuil de la saison et des mondes. Partout où nous laissions nos regards divaguer dans la liberté du mouvement qui nous conduisait sans but dans notre marche, nous rencontrions sa masse virile et déployée comme la hampe d’un drapeau. Il dominait le bourg de sa superbe et offrait sur la ville une vue dont les enfants rêvaient.
Son heure n’est pas venue.
La nôtre a sonné.
Nous avons perdu jusqu’à l’idée de nos promenades.

Eloge de la dispersion

Des traces partout du temps. Volées aux traces qu’il laisse de son passage à la vue des passants. La ville se délite. S’effrite. Dispersée en copeaux.
Elle-même ne fut pas toujours à sa place actuelle. Il se peut qu’elle n’existât pas. Qu’une autre vînt à son heure décliner l’invitation à paraître aux mondes.
De la prestance. Puis lentement, comme toute trace s’efface, la rognure, l’excavation d’où émane une odeur putride. Il y eut un incendie. Elle n’y survécut que par bribes. Sans raison.

Envol de Tàpies

« Tapies ne s’emmure pas, ne se terre pas », écrit Georges Raillard [1] dans un texte consacré à l’artiste. « Au contraire ».
Voici : il effleurait la surface d’un vol de plumes. Nous le voyons, le devinons encore, en lisière d’eau endormie. Imprimer un mouvement à la surface.
« Au contraire. Il entre dans un corps inconnu en découvrant que ce corps est à creuser ». Pour nous serait la terre. De nos ongles. Et « ce corps tendu vers nous » quel est-il ? Le corps du texte ? De la phrase ? Du mot qui aurait consenti ? Le corps enchanté de se reconnaître sous les plis ? « Il se rassemble et s’éparpille ». Sitôt né, bientôt effacé. Liquide. Masse inconnaissante. Sombre. Qui s’éparpille « dans notre regard ».
Il effleura le regard de l’eau et des plumes. Prit son envol. Un tableau de Tàpiès est « matière lisible ». A la surface effervescente et subversive des mondes.


[1Critique d’art et critique littéraire, ancien professeur à l’Université de Paris VIII, Georges Raillard fut pendant cinq ans directeur de l’Institut français de Barcelone. Il a publié des études sur Tàpies et Miro. Il participait samedi 15 février à la rencontre autour des oeuvres photographiques de Michel Butor et Claude Simon organisée par le centre Joë Bousquet dans la maison du poète, en présence de Michel Butor.

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