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Les Géorgiques # 14

lundi 30 septembre 2013, par Serge Bonnery

Les mots toujours recommencés

(extrait du livre Trityque pour Claude Simon à paraître à la librairie Torcatis)

Sur cette terre où vie et mort sont intimement mêlées, le temps historique - chronologique - est happé (pas effacé, non, simplement happé) par un temps plus vaste, celui - cyclique - des jours, des nuits et des saisons et son cortège de régénérescences, un temps de (re)naissance de la matière à partir de la matière même, de terre formée (la matière) et à laquelle elle retournera, comme une fatalité, une inscription ineffaçable sur une pierre. Une loi. Les Géorgiques est le roman de la révolution en tant que mouvement perpétuel, espace dans lequel les vivants et les morts se côtoient (le lecteur ainsi poussé à les traiter d’égal à égal), où les histoires individuelles s’imbriquent, s’enchevêtrent, se nourrissent, s’éclairent mutuellement, comme si tout était dans tout et que, soudain, ce tout puisse être vu, embrassé et signifié dans sa totalité.

Dans le prière d’insérer qu’il rédige pour le livre, Jérôme Lindon, l’éditeur de Claude Simon, note que « l’histoire des Géorgiques traverse les saisons » et que « les grands bouleversements de l’Europe voisinent, ici, avec la récolte des mûriers, le brouillard sur la neige d’une forêt endormie ou la course de deux papillons au-dessus d’un marais l’été ». C’est que l’absorption du temps historique dans le temps universel ne signifie pas la dissolution des événements qui le composent. Les faits sont là, irréversibles, fixés dans l’écriture (comme est figée dans le marbre de sa statue l’imposante figure du général LSM), mais paradoxalement fragiles, instables, car livrés désormais aux caprices de la mémoire. De sorte que ce que rapporte l’écriture n’est plus le fait lui-même mais sa description, son écho, le son qu’il produit, l’onde qu’il répand dans l’univers. « La matière (de l’écriture) en est moins l’événement que le son de la voix, une voix qui n’a cessé de parler depuis l’origine des temps », écrit encore Jérôme Lindon. La voix qu’Orphée continue à faire entendre malgré sa décollation.

Roman jailli des entrailles de la terre, Les Géorgiques perpétue cette voix-là. L’amplifie. Avec ses mots. Ciselés. Polis. Emondés. Façonnés. Ses mots. Passés et repassés au tamis du temps. Ressassés. Comme la mer. Ses vagues. Ses ressacs. Les mots toujours recommencés.

Actualité du centenaire

"Madagascar, Tananarive, 10 octobre 1913. La naissance de Claude ne vient pas seulement combler l’attente du couple que forment le capitaine Louis Simon, du 24e Régiment d’infanterie coloniale, et Suzanne Denamiel, époux depuis le 8 février 1910, après quatre années de fiançailles. Cette naissance les console du deuil d’un premier enfant, un garçon, prénommé Claude, déjà. Mort du croup..." (Mireille Calle-Grüber : Claude Simon, une vie à écrire, éditions Fayard).

La date anniversaire du centenaire de la naissance de Claude Simon approche à grands pas et avec elle, se multiplient les initiatives autour de l’oeuvre du romancier prix Nobel.

A Paris, après le colloque du centenaire Claude Simon - Les vies de l’archive (dont la publication des actes est en cours de préparation), une exposition - Claude Simon, l’inépuisable chaos du monde - débute à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou (2 octobre - 6 janvier 2014). De nombreuses animations/conférences/visites accompagneront cette initiative.

En province, après les journées universitaires de Toulouse le Mirail - Claude Simon et Lacombe Saint-Michel - consacrées à LSM, personnage clé des Géorgiques, le centenaire s’apprête à être célébré à son tour dans les Pyrénées-Orientales. Un riche programme est prévu du 9 au 11 octobre : il associe l’université de Perpignan, le conservatoire de Perpignan, le collège Jean-Macé et la librairie Torcatis.

Dans les Pyrénées-Orientales encore, les Vendanges Littéraires (5 et 6 octobre à Rivesaltes) remettront à Mireille Calle-Grüber le prix Jean Morer 2013 pour sa biographie Claude Simon, une vie à écrire aux éditions du Seuil. Elle donnera une conférence le samedi 5 octobre à 14 h 30. Sur le blog des Vendanges littéraires où l’on peut prendre connaissance du programme complet de ces deux journées, on lira également : un article sur la biographie et un entretien avec Mireille Calle-Grüber, par Chantal Lévêque.

Toujours dans les Pyrénées-Orientales, le samedi 12 octobre, le Centre Joë Bousquet et le musée de Céret organisent une rencontre sur le thème : Claude Simon et les peintres. Nous en reparlerons ici même dans les tout prochains jours. En attendant l’exposition - Claude Simon et l’image (titre provisoire) que le Centre Joë Bousquet organisera à la Maison Bousquet de Carcassonne à partir du vendredi 13 décembre.

Du côté des livres, l’actualité du centenaire est riche également. Vient de paraître Claude Simon géographe (Classiques Garnier) qui reprend les interventions lors du colloque éponyme organisé l’Université Toulouse-le-Mirail les 26 et 27 mai 2011. On peut, à l’occasion de cette publication, réécouter sur le site Canal-U, les enregistrements des conférences données dans le cadre de ce colloque. Tous les détails de cette publication et, plus largement, toutes les informations concernant le centenaire sont rassemblées sur le site de l’Association des lecteurs de Claude Simon.

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