Les cahiers de Serge Bonnery

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Le trouble sentiment d’une absence

mardi 21 janvier 2014, par Serge Bonnery


Lundi 20 janvier 2014 - Après le décès de Claudio Abbado

Le monde de la musique est en deuil depuis l’annonce, en ce lundi matin, du décès du maestro italien Claudio Abbado. Le chef d’orchestre, parmi les plus prestigieux de sa génération, s’est éteint à l’âge de 80 ans « de façon sereine, entouré par sa famille » dans sa ville de Bologne, ont précisé ses proches. Il souffrait depuis longtemps d’un cancer à l’estomac dont l’évolution l’avait contraint à annuler ces derniers mois tous ses engagements.
Il avait effectué sa dernière prestation publique le 24 août 2013 au festival de Lucerne. Au programme : la neuvième symphonie de Bruckner et la Symphonie inachevée de l’un de ses compositeurs de prédilection, Franz Schubert.
« Gratitude et amour ». Claudio Abbado respirait la musique à laquelle il avait été formé dès son plus jeune âge. Il a connu une carrière exceptionnelle d’abord à la direction de la Scala de Milan de 1968 à 1986. Il avait ensuite été nommé à la tête du London Symphony Orchestra puis directeur de l’Opéra de Vienne tout en dirigeant les plus grands orchestres de la planète, dont les philharmonies de Vienne et de Berlin.
« Nous pleurons un musicien et un homme exceptionnel. Sa mort est pour nous tous une immense et lourde perte », a réagi peu après l’annonce du décès le Philharmonique de Berlin qui s’incline « avec gratitude et amour profond devant Claudio Abbado ». En 1990, le chef italien avait succédé à Karajan à la tête de l’orchestre berlinois et une immense complicité s’était immédiatement instaurée entre lui et les musiciens. Ses relations avec les Viennois furent autrement plus compliquées.
Outre ses activités à la tête de grandes institutions internationales, Claudio Abbado affectionnait les formations non permanentes. Avec l’Orchestre de chambre de l’Europe ou le Malher chamber Orchestra, il donna au disque des intégrales définitives des symphonies de Schubert et de Haydn notamment.
Récemment, il réservait ses prestations à l’Orchestre Mozart de sa ville natale, Bologne, avec lequel il n’a malheureusement pu développer son activité, contraint par la maladie.
« Musiquer ensemble ». Il était également un fidèle du festival de Lucerne fondé par Arturo Toscanini, un chef réputé pour son autoritarisme et dont Claudio Abbado qui, enfant, l’avait vu diriger, n’a pas suivi l’exemple.
Le musicien de Bologne était tout sauf... dirigiste ! Il adorait « musiquer ensemble » comme il aimait à dire et vivait son art dans la passion de l’échange.
« A partir d’aujourd’hui, l’Italie est plus pauvre », a déclaré hier son collègue Riccardo Chailly. Claude Abbado comptait beaucoup d’amis dans le milieu musical. Le pianiste Maurizio Pollini pour lequel il dirigea tous les grands concertos du répertoire, est de ceux-là. Ils formaient un duo que le disque a fait entrer dans la légende. Mais Maurizio Pollini n’est pas le seul, aujourd’hui, à se sentir désemparé. Des milliers de mélomanes à travers le monde partagent le trouble sentiment de l’absence.

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