Les cahiers de Serge Bonnery

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"Après cela, je suis retombé..."

lundi 6 janvier 2014, par Serge Bonnery

Dans une lettre à sa mère du 30 décembre 1857, Charles Baudelaire se plaint du "torrent insupportable des futilités journalières" qui le conduit à négliger des préoccupations à ses yeux plus importantes. Face à l’incongru torrentiel, que peut le poète ? Baudelaire se laisse aller au spleen. "J’ai beaucoup à me plaindre de moi-même (...) Ce que je sens, c’est un immense découragement, une sensation d’isolement insupportable, une peur perpétuelle d’un malheur vague, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désirs..." etc. Se peut-il qu’un livre à ce point vous laisse exsangue ? 0ui. "Le succès de mon livre et les haines qu’il a soulevées m’ont intéressé un peu de temps, et puis après cela, je suis retombé". Question, encore (la même toujours) : se peut-il qu’un livre à ce point vous... ? Oui. Dans le cas des Fleurs du Mal, parues en librairie le 25 juin 1857, il y a cent cinquante six ans (presque) exactement, oui. "Je me demande sans cesse : à quoi bon ceci ? A quoi bon cela ? C’est là le véritable esprit du spleen". Alors, encore, la question (toujours la m...) se peut-il - oui... - qu’un livre - si fait... - à ce point - mais oui, vous dis-je... - vous laisse - la peste soit de l’impertinent... - exsangue. Dans le cas des Fleurs du Mal...

Mais il n’y a pas que le livre. "Ajoutez à cela le désespoir permanent de ma pauvreté, les tiraillements et les interruptions de travail causées par les vieilles dettes..." etc. Ce "torrent futile" qui boute l’écrivain hors de la page, le retient éloigné de ce qui à ses yeux importe. Je ne sais plus où ni quand, mais Delteil disait à peu près ceci : qu’il est absurde de perdre son temps à le gagner. Ce revers de main, cette stratégie du coup de balai, Balzac n’a jamais pu s’y résoudre et Baudelaire demeure rongé d’angoisse face au "contraste offensant, répugnant, de mon honorabilité spirituelle avec cette vie précaire et misérable". Tout le sens, ici, de L’Albatros et d’une incommensurable incapacité d’être. "Tout ce que je mange m’étouffe".

Il y a pire que le mal. Le livre. Le livre pire. Fleur du. Pire. Aurait pu donner son titre à. Les Fleurs du Pire. Ou à l’inverse, les Pires Fleurs. Le Mal affleure. A fleur de peau. Physiquement. Mal absolu. Shoah. Il y a pire que le Livre. Le mal. Absolu.

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