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"Albert Camus toujours aussi brûlant"

mardi 20 août 2013, par Serge Bonnery

Après son éviction en 2012 de l’exposition qui, à Aix-en-Provence, devait être consacrée à Albert Camus pour le centenaire de sa naissance, l’historien Benjamin Stora a publié « Camus brûlant ». Il était l’invité du festival « Un livre à la mer » de Collioure en août 2013. A cette occasion, il nous a accordé cet entretien.

Que vous inspire encore aujourd’hui la polémique suscitée l’an passé par votre projet d’exposition à Aix-en-Provence et son annulation ?
C’est dommage pour Albert Camus, sa pensée, son oeuvre, car à la suite de cette annulation, nous sommes toujours dans l’attente d’une grande initiative nationale dans le cadre du centenaire de sa naissance. Il y a certes des initiatives locales, importantes, celle de Collioure en fait partie, mais rien à l’échelle nationale.

Pour quelles raisons ce projet a-t-il été refusé ?
Elles sont diverses : la confusion qui régnait alors dans l’organisation de Marseille 2013, les rivalités entre les villes d’Aix et de Marseille, et des arrière-pensées idéologiques.

La position de Camus sur l’Algérie et la question coloniale suscite toujours de vives tensions. Pourquoi ?
Derrière cette question, il y a celle de l’indépendance. Albert Camus n’a pas pris clairement position pour l’indépendance de l’Algérie, ce dont on lui a fait le reproche côté algérien, notamment en 1957 lorsqu’il a reçu le prix Nobel. Albert Camus défendait une solution fédérale. Il voulait avant tout préserver la vie des civils : c’est le sens de son appel à la trêve civile en janvier 1956.

Sur cette question, Camus fait toujours l’objet de tentatives de récupération. Est-ce nouveau ?
Non. On a toujours tenté de faire parler Albert Camus après sa mort et notamment certaines formations politiques qui ont voulu ou veulent encore poursuivre le combat pour l’Algérie française.

Camus est-il selon vous « récupérable » ?
Camus partisan de l’Algérie française ? On ne peut le réduire à cela. C’est beaucoup plus complexe. D’abord parce qu’il s’est prononcé contre le système colonial. N’oublions pas qu’il était un ami de Ferhat Abbas, partisan de l’indépendance. Puis parce que Camus s’est toujours déclaré d’une appartenance à la gauche, ce qu’une certaine gauche en France lui a refusé, justement à cause de sa position sur l’Algérie. Mais il n’empêche qu’Albert Camus - on le voit nettement sur les questions de la guerre d’Espagne et des pays de l’Est - défend des positions politiques plus proches des libertaires que de la droite ultra et radicale.

En quoi est-il un « contemporain capital » ?
Parce que c’est un homme de passerelles, de passages. Il avait compris que le monde s’enfonçait dans la violence, les affrontements communautaires, le cloisonnement. Lui, il le dit dans le discours de réception du prix Nobel à Stockholm, voulait empêcher que le monde se défasse. Il a eu la lucidité de voir que le monde roulait vers les guerres de civilisation et c’est précisément ce à quoi il a toujours tenté de résister. Ce en quoi il est toujours aussi brûlant.


Camus brûlant, de Benjamin Stora et Jean-Baptiste Péretié. Editions Stock. 1238 pages. 12,50 euros.

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